Dieu, tueur en récit ?


– par Yannick Imbert et Vincent M.T.

Retour sur une actualité récente

DWB SlateIl y a quelques temps, le magazine en ligne Slate a publié un article résumant le livre de Steve Wells, Drunk with blood : God’s killings in the Bible (« Ivre de sang : les tueries de Dieu dans la Bible »).

L’ouvrage de Wells revient sur les morts causées par Dieu dans les récits bibliques, c’est-à-dire celles qu’il a explicitement ordonnées ou perpétrées.

Wells a pris le temps d’estimer le nombre des victimes : Dieu aurait donc tué – directement ou indirectement – presque 3 millions de personnes ! Sachant cela, comment avoir encore le moindre intérêt pour ce « Dieu » ? Pourquoi même se poser la question d’avoir foi en lui ? Un être qui massacre à tour de bras et commande l’extermination d’un peuple entier (les Cananéens) ne peut clairement pas être digne de notre respect.

La rhétorique décérébrante du scandale

L’article, s’il représente bien le livre de Wells, ne comporte pourtant aucun argument. Il se contente de faire l’écho, sans analyse critique, d’une statistique choquante et multiplie les allusions au génocide : voilà sa seule rhétorique. Et ça marche ! L’article a eu beaucoup de succès, il a fait « le buzz » – probablement parce qu’il ne sollicite justement aucune réflexion. Les lecteurs sont pour la plupart déjà habitués à ces conclusions, il n’y a plus de discussion, plus de questionnement, rien que du lynchage gratuit dirigé contre la Bible et, par extension, contre les juifs et les chrétiens :

« Je ne vois pas comment quelqu’un peut lire ceci et penser : « Ah, ok, c’est bien. Je pense que Dieu a réellement perpétré ces meurtres et ça ne me dérange pas. » Je pense que la plupart des fidèles ne les connaissent pas, ou bien qu’ils choisissent de les ignorer. »

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L’hôpital et la charité

On pourrait facilement apporter une réponse de théologien sur la question, mais elle existe déjà, et en abondance, sur Internet notamment. Seul bémol : face à tant d’approximations simplistes, il n’y a pas de réponse rapide et percutante. On ne peut contrer l’ignorance et l’émotion, qui sont immédiates et sans effort, que par l’apprentissage et la réflexion, qui prennent du temps et de l’énergie. Pour ceux qui y sont disposés, des éléments de réponse sont accessibles par exemple ici, ici ou encore ici.

En effet, contrairement à ce que S. Wells semble croire, de nombreux croyants se sont intéressés à la question de la violence divine, dès les premiers siècles du christianisme, et c’est encore le cas aujourd’hui. Cela demeure une des questions fondamentales pour les convertis comme pour les jeunes qui grandissent dans des familles chrétiennes. De plus, Wells prétend que ces sujets ne sont pas abordés dans les églises : c’est faux. Simplement, les occasions d’enseignement à l’église ne se résument pas au sermon du dimanche matin (mais ça, il faut chercher à connaître un tant soit peu le milieu chrétien pour le savoir).

Comment quelqu’un peut-il lire l’article de Slate et penser : « Eh oui, c’est vrai. Je pense que je connais plus la Bible et que je la comprends bien mieux que ne le font les chrétiens et les juifs. » ? La plupart des athées qui propagent cet article ne connaissent probablement pas la Bible ni le milieu chrétien, ou bien ils choisissent de les ignorer.

« Meurtre-mort-détruire »

Outre les statistiques, le non-argumentaire de Wells repris par Slate tourne beaucoup autour du lexique du crime odieux : on interprète les actes de Dieu qui conduisent à des morts comme des « meurtres » et des « assassinats », « orchestrés » qui plus est, et en compare l’ampleur à celle de génocides.

Pourtant, si on regarde les textes bibliques, Dieu n’a commis ni meurtre, ni assassinat, ni  génocide. Suis-je en plein déni ? Jugez-en vous-mêmes :

Lorsqu’un juge américain condamne un violeur multirécidiviste à la peine de mort, commet-il un meurtre ? Va-t-on dire que ce juge, ou même le bourreau, « assassine » le violeur ? Quelle idée a-t-on de la justice ?

Lorsqu’un général ordonne une contre-offensive sur les forces étrangères qui nous envahissent, est-ce un génocide ? Va-t-on comparer le général à un méchant dictateur sanguinaire ? Et va-t-on tenir le moindre soldat pour un meurtrier si, pour défendre son pays, il tue un soldat ennemi ? Avons-nous oublié notre histoire ?

                                               justice statue                                       France-Paris-1940-1

Wells sait bien qu’un grand nombre de ces morts ont lieu dans des situations de jugement, et surtout de guerre contre des envahisseurs, puisque c’est un des principaux exemples qui est reprise par Slate. Pourtant il les qualifie de meurtres, d’assassinat, et de génocide. C’est malhonnête. D’autant plus que, comme il le souligne également, Dieu est équitable : il frappe aussi bien les étrangers que le peuple juif, son peuple élu, et – j’ajouterais – sur les mêmes critères.

La question n’est donc pas « Comment Dieu aurait-il pu faire ça ? », mais « Qui est ce Dieu ? ». C’est un juge et un général, il mène un procès, une « guerre sainte », contre le mal et ses partisans. Il condamne une humanité coupable (et multirécidiviste), il défend sa terre, sa création – nature et humanité comprises – qu’il nous commande de respecter. Il s’agit donc de « légitime violence », et ce, d’après nos propres fondements éthiques et culturels. Si on condamne Dieu, alors il faut renoncer aux principes de légitime défense, de souveraineté nationale et de propriété (entre autres).

La fin de la violence

Cela ne règle pas tout, bien sûr. La violence, même dans le jugement, demeure choquante et désagréable. Nous aspirons à un monde sans violence. Or justement, le jugement de Dieu, malgré sa violence, constitue également une base pour y mettre fin. C’est la « vieille rengaine » qui est au cœur même du christianisme : Dieu ne peut annuler le jugement, mais il peut s’interposer entre nous et la violence de son jugement, prendre sur lui les torts que nous lui avons causés, autrement dit, pardonner.

C’est le message de la Bible : Jésus, Dieu incarné, a subi le jugement, dans sa violence la plus extrême, à notre place. C’est donc « le temps de la grâce », parce que Dieu gracie à tour de bras les condamnés que nous sommes, et bien plus que 3 millions.

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