Résurrection et architecture

– par Yannick Imbert

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Dites que c’est parce que je suis marié. Ou alors que j’approche la quarantaine (enfin, de loin). Ou simplement que j’étais coincé à l’hôpital pendant deux jours. Dans tous les cas, la série télé américaine Fixer Upper est devenue un classique chez moi.

Le principe est simple. Vous prenez un couple à la recherche d’une maison. Prenez Chip et Joanna Gaines, qui leur proposent une rénovation totale au lieu d’une maison « neuve. » Et enfin, c’est l’une des « marques » de la série, prenez la pire maison dans le meilleur quartier, et nous en faisons la maison de vos rêves. Voilà. En s’arrêtant là, tout cela ferait bien un peu kitsch. Très télé-réalité. Mais ce serait oublier deux choses.

L’excellence de l’artiste chrétien n’est rien d’autre qu’une adoration offerte au Créateur.

La première c’est l’art avec lequel ces rénovations sont faites. L’excellence, pour un artiste ou un « créateur » chrétien est d’autant plus important qu’il rend gloire à celui qui a au commencement créé la matière première avec laquelle nous travaillons. Sans Créateur, pas de meuble en bois de merisier. Sans Créateur, pas de littérature, pas de culture, pas de création, pas d’imagination. Sans créateur, pas de « sous-création«  comme l’appelait J. R. R. Tolkien. L’excellence de l’artiste chrétien n’est pas une tentative de montrer que « les chrétiens sont meilleurs que les autres. » Ce n’est même pas une tentative de montrer que seuls les chrétiens peuvent atteindre l’excellence artistique. Il est évident que ce n’est pas le cas. L’excellence de l’artiste chrétien n’est rien d’autre qu’une adoration offerte au Créateur.

La deuxième chose frappante est la conséquence sociale et urbaine que les rénovations entreprises ont pu avoir. Robert Darden, professeur de Baylor University (qui se trouve à Waco), considère que grâce à cette série, la communauté publique et sociale de la ville a bénéficié d’un rajeunissement, d’un nouveau dynamisme. Voilà une leçon de plus qui peut diriger notre apologétique culturelle. En participant à la création culturelle, nous pouvons démontrer, en actes, la bonté du Créateur et la restauration à venir.

Cette tâche est difficile. Souvent, nous nous contentons de critiquer le monde qui nous entoure. Comme Andy Crouch, éditeur à Christianity Today, l’écrit :

« Je me demande quelle réputation nous, chrétiens, avons dans le monde en dehors des églises. Sommes-nous perçus comme étant des critiques, des consommateurs, des copieurs, des opposants à la culture? J’en ai bien peur. » [1]

Peut-être que notre foi devrait nous conduire à proclamer la restauration mais aussi à la vivre dans nos relations sociale, dans nos professions, et dans tout ce qui fait la vie humaine.

C’est d’ailleurs là que se trouve l’une des choses les plus importantes. Ce que manifestent les Gaines c’est une résurrection symbolique. C’est à mon sens ce que nous voyons dans l’ampleur des travaux entrepris. D’ailleurs on ne parle pas de petits travaux de rénovations bien que certains projets soient moins impressionnants que d’autres. Le plus souvent, cependant, les projets sont des restaurations totales d’habitations considérées délabrées, en ruine.

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En quelque sorte, leurs projets de restauration sont une annonce symbolique d’une restauration totale et finale que nous attendons encore. Ces résurrections symboliques sont essentielles à l’apologétique culturelle, ou du moins à sa pratique. Comment « faire » de l’apologétique culturelle ? Comment démontrer dans la culture la foi qui nous a été donnée ? Andy Crouch explique qu’en « créant » de la culture, nous montrerons de manière visible la transformation invisible qui nous anime.

Vous allez me demander si je n’en fait pas trop. Après tout, il n’y a pas besoin de voir ou d’avoir Christ pour entreprendre de tels projets de rénovations : « Est-ce tu ne verrais pas une foi là où il n’y en a pas. »

En créant par amour pour le Créateur, nous manifestons concrètement notre foi.

C’est en fait une bonne question. D’ailleurs « Dieu » n’est jamais là dans les épisodes. Pas d’évangélisation forcée, pas de sous-entendu évangélique, pas d’images kitsch de Jésus bénissant des enfants ou de personnes priant dans une attitude mystique.

« Notre famille s’est engagée à mettre Christ d’abord, un mode de vie que nous avons prit comme modèle de nos parents. Ils nous ont montré comment garder notre mariage et notre famille centrés sur Dieu. En ce qui concerne Fixer Upper, nous avons été surpris de l’impact de notre foi à travers la série. Nous ne nous sommes pas montrés explicitement évangéliques, mais les riches commentaires que nous avons reçu sur la famille et l’amour proviennent toutes de notre foi. Jésus dit que le monde connaîtrait ses disciples par leur amour les uns pour les autres, et nous essayons d’en donner un aperçu et de le mettre en pratique tous les jours. »

Dans notre vie professionnelle, dans notre entreprise créative, artistique, nous pouvons démontrer notre foi. Par ce que nous faisons. Certainement, la verbalisation de la foi ne peut être totalement absente de nos vies. Mais tous les jours, nous vivons notre foi. Nous ne devons pas que la verbaliser. Mais la vivre. Totalement.

Je terminerai sur une dernière citation de Crouch : « Être chrétien c’est fonder notre vie sur cette conviction : les seuls biens culturels qui importent en fin de compte sont ceux que l’amour crée. » [2] Dans notre monde, dans notre société, nous créons souvent par besoin ou par motivation financière. En créant par amour pour le Créateur, nous manifestons concrètement notre foi.

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Notes :

[1] Andy Crouch, Culture Making: Recovering Our Creative Calling, Downers Grove, IVP, 2008, p. 137.

[2] Idem., p. 386.

1 comment

  1. Merci pour cet encouragement ! Je travaille sur un projet de régénération urbaine d’un quartiers qui figure parmi les 5% les plus défavorisés d’Angleterre. Bien que ce soit un projet fictif, je peinais un peu à me motiver… Dieu est glorifié lorsque nous créons par amour. Amen. C’est encourageant !

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