Pour aller plus loin : La bonté commune

– par Yannick Imbert

La notion de grâce commune est très importante en apologétique culturelle, mais elle est aussi plus complexe qu’il ne semble à première vue. De plus, elle peut conduire à de nombreux malentendus. Ci-dessous quelques questions pour aller plus loin…

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1. La notion de grâce commune est-elle nécessaire à la théologie réformée ?

La notion de « grâce commune » est le plus souvent associée à la théologie réformée. Plus particulièrement à la théologie néo-calviniste. De là, nous pourrions croire que la grâce commune est essentielle à la théologie réformée. Ce n’est pas le cas. Cette notion n’est pas même essentielle à la théologie néo-calviniste !

De fait, les théologiens réformés sont d’avis divergents concernant la grâce commune. Certains pensent que cette notion est cruciale, d’autres pensent qu’elle n’est pas nécessaire – voire problématique ! Attention donc à ne pas simplifier les choses trop rapidement.

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2. L'expression grâce commune est-elle vraiment utile ?

Non, probablement pas. La plupart des chrétiens comprend le terme « grâce » en lien avec le salut. Parler de « grâce » commune peut donc sous-entendre que Dieu accorde sa grâce à tous, sans considérer leur attachement à Christ. Et cela voudrait dire par conséquence que Dieu sauve tout le monde. Ce n’est bien sûr pas ce que l’expression veut dire.

Pour éviter ce malentendu, il est probablement mieux de parler de « bonté commune ». Cette bonté est l’attitude de Dieu envers toute l’humanité sans distinction, plus clairement manifestée par le signe de la fidélité divine après le déluge : l’arche de lumière dans le ciel, c’est-à-dire l’arc-en-ciel.

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3. Y a-t-il plusieurs manières de comprendre la grâce commue ?

Oui, tout à fait !

La compréhension de la grâce commune est liée, en partie, à la manière dont nous discernons l’action de Dieu dans l’histoire. Dans un monde déchu, que fait Dieu ? Se satisfait-il de mettre en œuvre le plan du salut ? Ou se montre-t-il bon, généreux, patient, envers sa création ? Met-il ce plan du salut en œuvre en dehors de toute considération historique ? Ou ce plan du salut passe-t-il par les vicissitudes des histoires humaines ? Ces histoires humaines ne reflètent-elles qu’une opposition entre « sauvés » et pécheurs ? Ou Dieu utilise-t-il les actions historiques et « civiles » (le décret de Cyrus dans le retour d’Exil) afin d’accomplir son plan de salut ?

La manière dont nous répondrons à toutes ces questions fondera notre compréhension biblique et théologique de la grâce commune. Quant aux diverses expression de celle-ci, ce serait éventuellement l’objet d’un autre article. Notez que la théologie réformée a compris la grâce commune de différentes manières (Abraham Kuyper, Klaas Schilder, Cornélius Van Til), ou l’a même rejetée !

Vous trouverez ci-dessous une interview sur la conception que l’apologète Cornelius Van Til a présenté.

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4. La grâce commue ne sous-estime pas l’importance du péché ?

Cela pourrait en donner l’impression. Si Dieu manifeste sa « grâce commune », si nous sommes capables, sans Dieu, de « bien », cela ne signifie-t-il pas que le péché n’est pas aussi grave que cela, finalement ? Si, comme la « grâce commune » l’indique, les non chrétiens sont capables de contribuer au bien de la société, cela ne veut-il pas dire que le péché n’a pas eu d’effets radicaux ?

Cela semble être une implication logique.

Cependant, ce n’est pas le cas. La grâce commune veut maintenir au contraire deux choses : (1) que le péché est radical, et que (2) le péché est restreint, sinon le monde s’effondrerait en raison de la puissance du péché. Comme l’expriment les texte de la Christian Reformed Church :

Depuis la chute, la vie humaine dans la société reste possible parce que Dieu, par son Esprit, restreint la puissance du péché. Dieu, sans renouveler le cœur, influence les êtres humains qui, bien qu’étant incapables de quelque bien en vue du salut, sont capables de faire le bien civil.

Il nous font donc faire une différence entre une doctrine qui amoindrirait naturellement l’importance du péché et la grâce commune qui affirme que c’est Dieu lui-même qui restreint les conséquences d’un péché qui reste radical.

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5. Cela ne rend-t-il pas l’évangélisation accessoire ?

Si tout ce que nous avons à faire, c’est de participer à la « culture », alors que faire de l’évangélisation ? Il est vrai que si l’apologétique culturelle, articulée autour de la grâce commune, ne s’inquiétait que de l’interaction avec nos cultures, ou de la « production culturelle », l’évangélisation ne serait pas nécessaire.

Cependant, nous ne disons pas que la seule tâche du chrétien est de vivre sa foi dans sa culture. Nous affirmons que notre témoignage se fait en paroles et en actes, et que ces deux dimensions sont nécessaires et doivent être en cohérence l’une avec l’autre.

L’évangélisation n’est donc pas accessoire, elle est la conséquence logique du fait que Dieu règne et réclame l’allégeance de toute sa création pour la ramener à une joyeuse harmonie en lui. L’apologétique culturelle vise à formuler cette réclamation d’une façon appropriée.

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Il est certainement possible de penser l’apologétique culturelle sans cette notion de grâce commune. Sur Visio Mundus, nous considérons cependant que, construite bibliquement, cette notion est cruciale à un bon équilibre apologétique.

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