Contre l’Arbre à Noël ?

– par Vincent M.T.

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Plusieurs grandes fêtes traditionnellement considérées comme chrétiennes sont chaque année dénoncées au fur et à mesure du calendrier comme étant « païennes », et donc à éviter. Noël n’y échappe pas, et c’est l’occasion de nous pencher sur la question.

Loin de moi l’idée de défendre toutes les formes que ces célébrations peuvent prendre aujourd’hui… Pour autant, je souhaite intervenir pour aider toutes les personnes bien intentionnées qui voudraient prendre part au débat à être bien informées, et dans l’espoir que les échanges soient construits, respectueux, et témoignent de l’amour dont nous sommes témoins et auquel nous sommes appelés.

Voici les principaux éléments du débat :

  • l’Arbre de Noël,
  • les origines historiques de Noël,
  • ce que cette fête représente aujourd’hui.

Nous verrons le premier point aujourd’hui et les suivants vendredi.

La Bible contre l’Arbre de Noël ?

Le passage le plus souvent cité pour attaquer la célébration de Noël est dans le livre de Jérémie (ch.10). Il semble interdire de suivre les coutumes des autres peuples, particulièrement si elles impliquent de couper un arbre et de le décorer :


2
 
Voici ce que dit l’Éternel :
N’imitez pas la conduite des nations,
ne vous laissez pas effrayer par les signes du ciel
parce que les nations sont effrayées par eux.
3 En effet, les coutumes des peuples sont vides de sens.
C’est du bois qu’on coupe dans la forêt:
la main de l’ouvrier le travaille avec la hache,
on l’embellit avec de l’argent et de l’or,
on le fixe avec des clous et des marteaux
pour qu’il ne bouge pas.

 

Pourtant, il s’agit clairement d’idoles païennes à forme humaine, sculptées »avec la hache » par « la main de l’ouvrier » – un mot qui est employé ailleurs dans la Bible pour désigner le fabricant d’idoles (Ex 28.11, 35.35 ; Dt 27.15). Ce sont donc des sortes de totems, ou statues, en bois, et non de simples arbres. On remarque d’ailleurs au verset suivant les verbes soulignant les handicaps de ces idoles, qui impliquent une forme humaine :

Ces dieux ressemblent à un poteau massif:
ils ne parlent pas.
Il faut bien qu’on les porte, puisqu’ils ne peuvent pas marcher!
N’ayez pas peur d’eux, car ils ne peuvent faire aucun mal;
ils sont même incapables de faire du bien.

Cela n’aurait aucun sens s’il s’agissait d’un arbre décoré. Le contexte plus large (voir versets 8 et 10), le prophète Ésaïe (44.13) et par ailleurs la littérature deutérocanonique, pointent également dans ce sens :

69 Comme un épouvantail dans un champ de concombres, qui ne protège rien, ainsi en est-il de leurs dieux de bois dorés et argentés.
70 Ou encore, leurs dieux de bois dorés et argentés ressemblent à un buisson d’épines dans un jardin

– Livre de Baruch, ch.6.

Voici un second passage souvent mentionné, Ésaïe 44.14-17 :

14 [Le charpentier] se coupe des cèdres, et prend un cyprès, ou un chêne, qu’il a laissé croître parmi les arbres de la forêt; il plante un frêne, et la pluie le fait croître.
15 Puis l’arbre servira à l’homme pour brûler; car l’homme en prend, et s’en chauffe; il en fait, dis-je, du feu, et en cuit du pain; il en fait aussi un Dieu, et se prosterne ; il en fait une image taillée, et l’adore.
16  L’homme en brûle au feu une partie, et d’une autre partie il cuit sa viande, laquelle il rôtit, et s’en rassasie; il s’en chauffe aussi, et il dit : Ha! ha! je me suis réchauffé, j’ai vu la lueur.
17 Puis du reste du bois il fait une idole ; il l’adore et se prosterne devant elle, et lui fait sa requête : Délivre-moi, car tu es mon Dieu.

En lien avec ce passage, l’idée serait que placer des cadeaux sous l’arbre de Noël revient à se « prosterner » devant, puisqu’on s’agenouille. Ce raisonnement devrait logiquement nous empêcher de changer une roue de voiture, de réparer une fuite sous l’évier, ou de vomir dans les toilettes quand on est malade, car alors on risquerait l’idolâtrie. C’est ridicule ! D’ailleurs, les cadeaux ne sont pas pour l’arbre, mais pour nos proches ; le pied de l’arbre est simplement l’endroit désigné pour les placer en attendant.

Un troisième passage est parfois employé, Jérémie 3.13 :

13 Reconnais seulement ta faute!
Oui, tu t’es révoltée contre l’Éternel, ton Dieu.
Tu t’es démenée de tous côtés vers les dieux étrangers,
sous tout arbre vert,
et tu n’as pas écouté ma voix, déclare l’Éternel.

On peut penser que l’arbre vert mentionné ici indique une pratique païenne d’adoration des arbres ; mais en réalité, dans une région chaude comme le Proche-Orient, les idoles païennes étaient généralement placées sous les arbres afin de pouvoir rendre un culte à l’ombre.

Le placement des idoles sous les arbres est mentionné ailleurs dans la Bible (1 R 14.23, 2 R 16.4, Ez 6.13, voir aussi en Jr 2.20 la référence à l’adultère, qui est symbole d’idolâtrie, ainsi que l’association de ces lieux avec les sacrifices en Ésa 57.5). Il s’agit donc d’une figure de style qui mentionne une chose pour parler d’une autre chose qui lui est associée (synecdoque) : les arbres symbolisent ici le lieu de l’idolâtrie.

De la même manière, aujourd’hui, dans beaucoup de pays chauds où il n’y a pas de bâtiment pour accueillir tous les croyants, ces derniers se réunissent parfois sous l’ombre d’un grand arbre pour rendre un culte à Dieu.

La Bible contre l’idolâtrie

Quand bien même certaines religions accorderaient un caractère divin aux arbres, la Bible est claire sur le fait que la pratique seule n’a aucun poids si le cœur n’y est pas. Tout comme l’hypocrisie dont nous pouvons tous faire preuve chaque jour, ou chaque dimanche, ne trompe pas Dieu, de même, nous ne risquons pas de nous retrouver à vouer un culte sylvestre involontairement ! Si nos gestes devant l’arbre de Noël ressemblent à ceux que certains utilisent dans leurs rituels, c’est une ressemblance de surface et non de fond : ils ont une portée et un sens différents.

Rappelons-nous les paroles de l’apôtre Paul :

Donc, pour ce qui est de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde et qu’il n’y a qu’un seul Dieu. En effet, il est vrai qu’il y a des êtres appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, et de fait il y a beaucoup de « dieux » et de « seigneurs ». 6 Néanmoins, pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous vivons, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui tout existe et par qui nous vivons.

– 1ère épître aux Corinthiens, ch 8, versets 4-6.

Autrement dit, ce n’est pas parce que quelqu’un corrompt son rapport aux arbres pour en faire une religion que cela a un quelconque effet sur nous, ou sur les arbres eux-mêmes. D’ailleurs le prophète Jérémie lui-même compare le croyant à un arbre verdoyant (Jr 17.8), à l’exemple du Psaume 1, or ce serait étrange si tout « arbre vert » impliquait nécessairement une forme d’idolâtrie. Si certains se mettent à rendre un culte à un aspect de la création plutôt qu’au Créateur, Dieu ne maudit pas cet aspect de la création ni ne nous commande immédiatement de nous en abstenir totalement ; plutôt, il confronte les humains dont le cœur est égaré, et meurt sur la croix pour les ramener à lui.

Décorer un arbre n’a donc rien, en soi, d’idolâtre : l’arbre est innocenté. Cependant, qu’en est-il du sapin de Noël, au pied duquel on s’agenouille pour poser des cadeaux ?

Si le sapin est aujourd’hui un lieu pour déposer et recevoir des cadeaux plutôt qu’un lieu de culte, pour certains cela reste une forme d’idolâtrie. En effet, dans la Bible, c’est l’enfant Jésus qui reçoit des cadeaux de la part de ses adorateurs (les mages venus d’Orient), et non l’inverse. Pourtant, dans un sens plus large, c’est bien Dieu qui s’offre à l’humanité, et c’est lui qui nous fait un don plutôt que l’inverse.

Le deux visions peuvent donner lieu à un juste rapport à Dieu et au monde, ou à de l’idolâtrie :

  • La première insiste sur le fait que Dieu mérite nos offrandes parce qu’il est grand et bon, ce qui peut être l’occasion d’exprimer joyeusement et librement notre reconnaissance et notre allégeance envers Jésus. Mais, comme toute offrande, cela peut virer à une forme de légalisme où l’on cherche à acheter son pardon, l’amour de Dieu, ou à se faire une réputation devant les hommes.
  • La second insiste sur le fait que Dieu nous a tout donné, y compris son Fils, alors que nous ne méritions rien ; ce qui peut être l’occasion de faire l’expérience de la grâce et de l’amour divins. Cependant, comme toute expérience de la grâce, cela peut virer à une forme de libéralisme où l’on oublie de célébrer Jésus pour se concentrer sur nos cadeaux, et nous inquiéter à l’excès pour des choses matérielles.

Un symbole biblique, issu des milieux protestants

Selon l’Encyclopaedia Britannica, la décoration d’un arbre à feuilles persistantes symbolisait la vie éternelle dans les civilisations anciennes, y compris chez les Hébreux.

En effet, l’arbre a une signification forte dans la Bible, d’ailleurs l’arbre de vie du Jardin d’Eden a été associé à « l’arbre » auquel Jésus a été « pendu » (Gal 3.13) – les deux représentant la vie éternelle, et c’est encore un arbre qui, au paradis, guérira les nations par ses feuilles (Ez 47.12 et Ap 22.2). C’est cette symbolique qui a été mise en avant dès la fin du 15e siècle, notamment en Allemagne et en Alsace, par les Protestants (les Catholiques Romains quant à eux préféraient alors la crèche).

Cela explique notamment les boules de Noël (des pommes, à l’origine, en référence au fruit de l’arbre de vie), ainsi que l’étoile ou l’ange situés au sommet du sapin (en référence à la naissance du Christ). On entend parfois que les guirlandes symbolisent le serpent, mais c’est faux : il n’y a aucune preuve historique de cela. Au contraire les guirlandes sont depuis l’Antiquité utilisées comme décorations diverses. Quand bien même cela nous évoquerait un serpent, rappelons-nous que cet animal peut aussi symboliser la sagesse (Mt 10.16), et même Jésus (Jn 3.14).

On pourrait également penser au buisson ardent par lequel Dieu s’est révélé à Moïse. Pourtant, c’est l’arbre de Jéssé (en référence à Ésa 11.1) qui nous apportera le plus dans cette réflexion car il désigne la lignée humaine qui aboutira à Marie, mère de Jésus, et par extension, la descendance spirituelle de Jésus, c’est-à-dire l’Eglise. Certes, la vigne est plus souvent utilisée comme type de plante pour évoquer la communion des humains avec et en Jésus, mais on retrouve dans la Bible des allusions au chêne (Ésa 6.13), au figuier (Lc 13), ou encore à l’arbre à moutarde (Mt 13).

Un vrai arbre de fête

Forts de toutes ces informations, la bonne question est donc : à quoi ressemblerait un arbre de Noël inspiré par la symbolique biblique ?

Il me semble qu’il y a assez de pistes dans cet article pour vous donner des idées de disposition, de décoration, et de rituels à mettre en oeuvre pour célébrer avec un arbre une fête qui honore Dieu. Est-ce que cette fête pourrait être Noël ? Nous verrons cela vendredi !

8 comments

  1. Je me pose la question. J entend tellement de tout et rien à propos de ce sapin… on est d’accord que la fête de Noël à été dater en même temps que une fête payenne. Mais est ce que déjà avant il y avit une décoration de sapin de Noël ? Nest-ce pas une coutume payenne resté après l intégration de Noel sur cette date là ? Je sais pas si c’est très comprehensible ma question =)

    1. Bonjour, et merci pour cette question.

      Un des buts de cet article est de souligner que l’origine d’une pratique n’a pas d’importance si son sens n’est pas le même.

      Par exemple, les femmes qui se prostituaient dans les temples d’Aphrodite en Grèce Antique se maquillaient. Aujourd’hui, des femmes se maquille toujours. La pratique est « la même », et pourtant on ne peut pas dire que se maquiller implique nécessairement que, quelque part, on se prostitue en l’honneur d’Aphrodite.

      De la même manière, peu importe que la décoration d’un arbre ait été, ou soit aujourd’hui quelque part dans le monde, un rituel païen. Si ce n’est pas fait dans un esprit d’adoration, cela ne doit pas poser un problème à notre conscience.

      Donc pour répondre à ta question : je ne sais pas si une pratique de Noël a été un jour païenne, et ça ne me préoccupe pas plus que ça. Ce qui me préoccupe, et ça demande plus de discernement, c’est que ce que je célèbre Noël d’une manière qui honore Dieu, en obéissant aux commandements de Jésus et en suivant son exemple d’amour, de joie, de vérité et de pardon.

      Et puisqu’on en parle : Joyeux Noël à toi et aux tiens !

  2. Je suis restée plusieurs années à ne plus fêter Noël à la suite d’une étude faite avec les TJ. Mais comme je n’étais pas d’accord avec eux sur pleins d’autres versets Bibliques, je n’e suis pas devenue TJ et j’ai donc continué à rechercher La Vérité. Lorsque j’ai trouvé cette Vérité qui est Jésus, je ne me suis plus attachée à la lettre mais à l’Amour et depuis je refête Noël surtout pour mes enfants tout en sachant que Jésus n’est pas né le 25 Décembre mais comme ce jour était fêté par les païens qui fêtaient la lumière du jour qui commençait à s’allonger, j’ai accepté de me joindre aux chrétiens qui eux se sont mis à fêter « Jésus la Lumière du monde  » Donc Noël est un mélange de paganisme et de christianisme mais ce qui permet aussi d’annoncer l’évangile à cette période de l’année où les gens sont plus réceptifs

  3. MON BEAU SAPIN

    Au petit bois de mon cœur,
    Ai trouvé un sapin ;
    Un arbre de valeur
    A mes yeux d’être humain.
    Au petit bois de mon cœur,
    Il grandit, fort et beau –
    A ma propre grandeur-
    Comme un alter égo.
    Cet arbre dans mon cœur,
    A feuilles persistantes,
    Mais sans fruits et sans fleurs,
    Est chose bien troublante.
    Je l’aime pourtant bien
    Et puis, de vivre ensemble,
    Il est tellement mien
    Qu’en tout je lui ressemble.
    Au petit bois de mon cœur,
    Peuplant ma solitude,
    Je le connais par cœur
    Cet arbre d’habitudes !

    Au petit bois de mon cœur,
    Quelques fois l’an, c’est fête ;
    Pour le jour et pour l’heure
    Mon beau sapin s’apprête…
    Et je pare mon cœur
    De guirlandes si belles
    Que de mille lueurs
    Mon sapin étincelle !
    Qu’il est beau, mon sapin,
    Avec parmi ses branches
    Des fruits … qui ne sont siens
    Que le temps d’un dimanche.
    Au petit bois de mon cœur,
    J’allume ses bougies :
    Tant que dure leur lueur
    On peut me croire en vie !
    Et mes mille guirlandes
    De bonnes intentions
    Montent et redescendent
    Pour cacher son vieux tronc.
    Elles atteignent bientôt,
    De mon cœur, le sommet
    Pour accrocher bien haut
    Une étoile dorée…
    Cet astre scintillant,
    Ce blason de lumière
    Porte fierté devant…
    Et orgueil par-derrière…
    Et ma perfide étoile,
    Eclairant ma façade,
    Sait bien jeter le voile
    Sur ma vie trop maussade§
    Guirlandes et sapin
    Et autres apparats
    S’évaderont demain
    Jusqu’à prochaine fois.

    Mon beau sapin, mon pauvre cœur,
    Je t’ai pourtant bien maquillé !
    Mais tu sais bien, oh quel malheur
    Qu’avec ça tu n’es pas sauvé !

    Au petit bois de mon cœur,
    Mon sapin d’illusion
    Me cause grand malheur
    Et maintes émotions :
    Mon si joli sapin
    N’était qu’un arbre mort ;
    Chaque nouveau chagrin
    Me le crie plus fort.
    Mais non, mon pauvre cœur,
    Tu n’as rien en toi-même,
    Il faut chercher ailleurs
    La clé de tes problèmes ;
    I l te faut la lumière
    Qui ne s’éteindra pas,
    Qui brille et qui éclaire
    Et qui consumera
    Le sapin de tes rêves
    Qui ne paraîtra plus
    Qu’une lueur trop brève
    A l’éclat de Jésus.

    Jésus, dedans mon cœur,
    Me montrant le sapin,
    Me dit ; -quelle douleur
    Pour l’arracher enfin !
    Voyant l’arbre en mon cœur,
    Comme l’aigle dans l’œuf,
    Il échangea sur l’heure
    Mon vieux cœur contre un neuf.
    Il laboura la terre
    Durcie par ma froidure,
    En extirpa les pierres,
    Y mit semence pure…
    D’une lueur céleste,
    L’a si bien fait germer
    Que l’arbrisseau modeste
    Peut déjà fructifier.
    Que tombent les guirlandes,
    Que poussent de vrais fruits,
    Que l’étoile descende :
    La sienne me conduit !
    Et depuis lors, c’est fête
    En mon cœur, chaque jour,
    Et joyeux je m’apprête
    A fêter son retour.
    Si ce soir, en ton cœur,
    Tu sens la vanité
    Des beaux sapins d’une heure
    Et des vœux oubliés :
    Détourne tes regards
    Des oripeaux d’un soir ;
    Fixe-les sans retard
    Sur Christ et sa Victoire ;
    Pour la vie éternelle
    Il veut faire couler
    Une sève nouvelle
    En ton cœur transformé.

    Mon beau sapin, va t’en d’ici,
    Que puis-je faire encor de toi ?
    Jésus, en entrant dans ma vie,
    T’en fit sortir tout à la fois !

    S.G. vers 1968

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