Les Mages d’Orient : un exemple d’apologétique culturelle

– par Philip S.

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Les Mages sont des personnages importants du folklore de Noël, qu’on retrouve dans toutes les crèches et qui, avec leurs chameaux et leurs riches présents, apportent une touche exotique à la scène. Dans certains pays, la fête de l’Épiphanie (apparition, en grec), le 6 janvier, est aussi importante que celle de Noël. En Espagne, par exemple, ce sont les Mages qui apportent les cadeaux aux enfants et de grands défilés sont organisés pour leur arrivée.
Malgré cette curiosité populaire, ce que la Parole de Dieu dit des Mages reste assez méconnu, y compris des croyants. Pourtant, nous avons beaucoup à apprendre d’eux, pour notre foi… et pour l’apologétique culturelle !
Que font donc ces curieux personnages dans le récit de la naissance de Jésus ? Ils représentent les nations, c’est-à-dire, dans le vocabulaire israélite, les autres peuples, non issus d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui n’avaient pas la connaissance révélée de Dieu et étaient étrangers à ses promesses. Du temps de l’Ancienne Alliance, Israël était appelé à être « la lumière des nations » (Ésaïe 49:6), une nation unique dont l’existence et les lois rendaient témoignage au monde du seul vrai Dieu. Il est intéressant de noter que les Mages n’apparaissent que dans l’Évangile selon Matthieu, adressé essentiellement à des croyants d’arrière-plan juif. L’auteur pensait manifestement que cet épisode était porteur d’une leçon importante pour son public : avec la venue du Messie, l’espérance d’Israël est devenue universelle, ce pourquoi les nations étrangères aussi ont été informées de la naissance de l’enfant de la promesse.

Des traditions non bibliques… mais bibliquement fondées

Image tirée du film La Nativité, © New Line Productions Inc., 2006

Le silence relatif du texte biblique au sujet des Mages a permis la naissance d’une foison de traditions populaires plus ou moins fantaisistes, sur leurs noms, leurs origines et leur vie. Leurs reliques seraient conservées dans la cathédrale de Cologne, en Allemagne. Certaines de ces traditions sont décriées aujourd’hui comme non bibliques. Le nombre de Mages est l’élément le moins problématique : si les Évangiles ne précisent pas combien ils étaient, il est assez logique de penser qu’ils étaient trois, étant donné qu’ils ont offert trois cadeaux.
Les noms qu’on leur attribue généralement viennent d’une tradition du V° Siècle, qui les présente comme issus des trois fils de Noé et des trois continents connus à cette époque : Melchior, un Européen, Gaspard, un Asiatique, et Balthazar, un Africain. Le sens de cette tradition : montrer l’universalité de la foi chrétienne.
Une autre tradition fait d’eux les rois des Perses, des Arabes et des Hindous, trois grandes civilisations orientales. Des rois ? Pourquoi ? Cette idée vient d’une prophétie messianique en lien avec les nations, qu’on trouve en Ésaïe 60:3 : « Des nations marcheront à ta lumière et des rois à la clarté de ton aurore. » Le Psaume 72:10 a également été interprété comme faisant référence aux Mages. De cette idée est née la tradition typiquement française de la galette des Rois, qui remonte au 13º Siècle.
Par ailleurs, d’après un ancien manuscrit syriaque récemment traduit, une copie datée du 8º Siècle dont l’original pourrait remonter au milieu du 2º Siècle, les Mages venaient de Shir, un pays associé à la production de la soie, qui pourrait être… la Chine ! Bon nombre de chrétiens chinois contemporains sont convaincus qu’au moins un des Mages était Chinois.
De nombreux artistes à travers les âges ont aussi imaginé ce qui a pu advenir des Mages après leur rencontre avec Jésus. Dans le roman Ben Hur, de Lew Wallace, ainsi que dans ses adaptations au cinéma, le Mage Balthasar, revenu en Israël pour retrouver l’enfant devenu adulte, est présent lors de la crucifixion.
Si toutes ces traditions n’ont aucun fondement scripturaire clair, elles expriment néanmoins des vérités bibliques essentielles, qu’on se réjouit de voir transparaître dans la piété populaire même quand elle est enrobée de légendaire.

Une quête fort peu évangélique

Le texte biblique nous apprend que les Mages sont venus d’Orient, un terme qui désigne toutes les régions au-delà des frontières de l’Empire romain. Ils étaient probablement originaires de Perse (l’actuel Iran), une civilisation très ancienne et érudite, qui n’a jamais été sous domination romaine.
Sur le plan religieux, les Perses étaient polythéistes et vénéraient les élément naturels, particulièrement le feu. Les Mages de la civilisation persane étaient des savants, détenteurs à la fois du savoir scientifique et religieux. Leur sagesse puise sa source dans des sciences profanes mêlées à des mythologies païennes.
En même temps, le Dieu d’Israël n’était pas tout à fait inconnu des Perses. Daniel avait vécu en Perse et servi à la cour du roi Cyrus. Les Mages avaient donc certainement une vague connaissance du Dieu de Daniel, peut-être même avaient-ils accès à une partie des Écritures juives traduites à son époque ; mais en tout cas, ce n’était certainement pas leur source principale.

Image tirée du film La Nativité, © New Line Productions Inc., 2006

Au cœur de leur savoir, il y avait une pratique très ancienne, que les Perses considéraient comme la reine des sciences : l’astrologie. On voit donc que non seulement leur connaissance de Dieu était pour le moins très vague, mais qu’en plus, ils pratiquaient un art occulte que Dieu condamne !
Quand, une nuit, les Mages ont vu une étoile se lever, est-ce par leurs connaissances ancestrales, ou par les Écritures juives traduites, qu’ils ont découvert que cette étoile annonçait la naissance d’un roi ? Nous ne le savons pas, mais en tout cas, la certitude qu’ils étaient témoins d’un événement historique était si forte qu’ils se sont mis en route pour suivre cette étoile.

 

Quelle est cette étoile ?

De nombreuses explications ont été proposées pour l’étoile que les mages ont vue : conjonction de plusieurs planètes, comète, supernova… L’avocat américain Frederick Larson, dans son documentaire The Star of Bethlehem, décrit neuf caractéristiques de l’étoile de Bethléhem : elle était signe de naissance, de royauté, liée à la nation juive, est apparue en Orient, à un moment précis, à l’insu du roi Hérode, est restée visible longtemps, a précédé les Mages à Bethléhem, puis s’est arrêtée au-dessus de la ville. Larson se sert d’un logiciel de projection astronomique pour déterminer qu’une conjonction de Jupiter, la « planète royale », et Regulus, l’« étoile royale », était visible en septembre de l’an 3 av. J.-C., suivie neuf mois plus tard d’une conjonction entre Jupiter et Vénus, la « planète de l’amour », qui correspondraient selon lui aux moments de la conception et de la naissance de Jésus. D’autres théories existent, bien sûr.
Quoi qu’il en soit, les astres, planètes et comètes sont des éléments naturels, qui font partie de la création… et dont Dieu, dans sa souveraineté, peut donc se servir pour accomplir ses desseins. Un phénomène astronomique n’a pas de sens particulier, sinon de rendre gloire à Dieu par sa beauté… mais ici, Dieu s’est servi de cette étoile, et des fausses croyances des astrologues perses, pour leur révéler la naissance de son Fils !

De la culture à l’Écriture

En arrivant à Jérusalem, les mages pensaient certainement que leur quête était terminée : le nouveau roi est certainement né dans la capitale, dans le palais du glorieux roi David. Imaginez leur déception : le palais de David est en ruines depuis des siècles et personne dans la ville n’a entendu parler de la naissance du nouveau Roi. L’événement le plus important de l’histoire d’Israël est passé totalement inaperçu !
Le seul que la présence des mages à Jérusalem ne laisse pas indifférent est Hérode le Grand, le roi-collabo nommé par l’occupant romain, qui a épousé la dernière descendante de Judas Maccabée, fait construire un nouveau temple à Jérusalem et veut se faire passer pour juif alors qu’il ne l’est pas. La nouvelle que lui annoncent les mages l’inquiète : un héritier de la lignée royale juive d’avant l’exil menacerait son trône !
Pour comprendre ce qui se passe (et y remédier), Hérode consulte les chefs religieux juifs, qui trouvent la réponse à cette énigme dans le livre du prophète Michée : le Messie doit naître dans la petite ville de Bethléhem. L’étoile n’a pas guidé les mages jusqu’à l’enfant : ils ont dû passer par les Écritures pour le trouver. C’est une leçon importante pour l’apologétique culturelle : les étincelles de vérité dans la nature et la culture peuvent nous attirer à Dieu, nous guider vers lui… mais seule sa Parole nous permet de le connaître pleinement.

Des cadeaux pleins de sens

Quand les Mages ont enfin trouvé l’enfant qu’ils avaient tant cherché, ils l’ont adoré et lui ont offert des cadeaux qui expriment ce qu’ils avaient compris à son sujet.

  • L’or : le métal le plus rare et le plus précieux, symbole de la royauté, car Jésus est le Roi du monde.
  • L’encens : un parfum brûlé dans les temples en l’honneur des dieux, car il est divin, il est Dieu devenu homme.
  • La myrrhe : un aromate utilisé pour embaumer les morts, car Jésus souffrira et mourra pour sauver l’humanité et nous réconcilier avec Dieu.

On retrouve les trois figures du Messie dans l’Ancien Testament : le Messie roi, le Messie prêtre et le Messie serviteur souffrant.

Si Dieu a pu se servir d’une étoile et de traditions païennes pour guider des Mages d’Orient à venir adorer son Fils, nous croyons qu’il peut aussi se révéler au travers d’éléments de notre culture, de nos coutumes, qu’il s’agisse d’une sonate de Mozart ou d’un feuilleton télévisé.

Pour aller plus loin, nous vous proposons de découvrir un texte écrit par l’auteur de cet article : le témoignage fictif d’un des Mages, qui raconte son histoire de son point de vue.

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