WonderWoman : le pouvoir de l’amour

– par Joanna O.

Spoiler warning : Cet article évoque des éléments clefs du récit, ce qui pourrait vous gâcher le plaisir de le découvrir par vous-mêmes.

Wonder Woman fait en ce moment un carton au box-office et pour plein de bonnes raisons. Présenté comme LE film de super-héros incontournable de cette saison estivale, il se démarque de ces rivaux Disney/Marvel en étant d’abord incontestablement à ce jour le meilleur film de l’univers cinématographique plus large des super-héros DC (DCEU dans la suite de l’article) – il affiche un très beau score de 92% sur le site Rotten Tomatoes) – jusque là pas très bien accueillis par les critiques et le public, et en ayant à l’affiche une super-héroïne, avec en prime une réalisatrice aux commandes. 

Femme-ographie

Je vais ici résister à la tentation d’écrire un article entier sur mon enthousiasme quant à l’avancée que représente ce film pour l’égalité homme-femme à Hollywood, car beaucoup d’encre (virtuelle ou non) a déjà été versé par des journalistes bien plus connaisseurs à ce sujet. Rappelons simplement que ce n’est pas le premier film avec une super-héroïne en tête d’affiche, mais que c’est de loin le plus réussi – pensons aux médiocres Catwoman (2004), ou encore Elektra (2005). Il passe aussi aisément le Bechdel test permettant d’évaluer la représentation féminine selon trois points : minimum deux personnages féminins, qui se parlent, mais d’autre chose que d’un homme ou de relations amoureuses (vous serez surpris de voir que beaucoup de films ne passent pas ce test) et la réalisation a en outre été confié à Patty Jenkins (dont c’est le deuxième long-métrage), une femme, chose extrêmement rare pour les blockbusters.

Je vous passe aussi mon avis (très positif) sur la relation entre Wonder Woman (Diana Prince) avec son love interest Steve Trevor bien que je serai obligée de l’évoquer un peu plus loin dans cet article, puisque je voudrais développer une idée centrale qu’exprime Diana ainsi : “It’s not about deserve, it’s what you believe. And I believe in love. Only love will truly save the world.” (Il ne s’agit pas de ce qu’ils mérite, il s’agit de ce qu’on croit. Et je crois en l’amour. Seul l’amour peut véritablement sauver le monde.)

Ici, chers lecteurs, j’en arrive enfin à mon développement. C’est donc votre dernière chance d’arrêter de lire avant que j’en arrive aux spoilers si vous n’avez pas vu le film.

C’est bon? Vous avez vu le film? 

Ok.

Du pêché chez les grecs

Première chose, j’ai été frappée par les similitudes entre la théologie chrétienne et certaines idées du film : Zeus créé l’Homme à son image, mais Arès les corrompt et ruine la paix qui existait entre les hommes (et au passage entre les Hommes et les dieux). Ça ne vous rappelle pas quelque chose? 

Diana part donc avec l’idée fixe de tuer Arès pour libérer les Hommes de son influence et ainsi rétablir la paix dans le monde. Elle finit par découvrir que l’influence d’Arès n’est finalement qu’un pouvoir de suggestion : il ne fait que susurrer des idées à l’oreille des humains, qui ont le libre arbitre pour faire le bien… et surtout pour faire le mal. Même quand elle réussit à tuer Arès à la fin du film, l’Histoire nous montre que cela ne suffit pas à arrêter les conflits. La Der des Der sera suivit par une guerre mondiale encore plus sanglante qui se prolonge encore aujourd’hui par de nombreux conflits de part le monde. Pas étonnant qu’entre les évènements de Wonder Woman et Batman V Superman elle ait décidé de suspendre ses activités de superhéroïne pour presque un siècle selon la chronologie des films du DCEU !

L’Homme n’apprend décidément pas de ses erreurs — pour l’immortelle innocente qu’elle était au début du film, c’est une réalité bien dure à digérer!

Diana et Steve

L’idéalisme et l’innocence de Diana sont contrastés par le cynisme — ou plutôt pragmatisme et le réalisme — de Steve Trevor, qui connait bien mieux qu’elle la nature humaine. Dans la progression du personnage de Diana au cours du film, c’est d’ailleurs Steve qui est son “mentor”, lui faisant découvrir la condition humaine, que ce soit le passage du temps (l’utilité de sa montre, les différents âges de la vie etc), les repères moraux relatifs des hommes et des choses plus banales comme les glaces. De son côté, Diana apporte de l’espoir à Steve, lui qui était uniquement fixé sur sa mission et qui, de façon pragmatique et compréhensible, opérait pour le bien du plus grand nombre en fermant les yeux sur les injustices de la guerre. Bien que Diana est clairement plus puissante que Steve, c’est une relation d’égalité basé sur l’échange de leurs forces et faiblesses qui s’établit entre eux, et qui deviendra ensuite romantique.

C’est cet amour romantique qui conduira Diana à résister à Arès lorsqu’il tente de la rallier à sa cause. À ce moment précis de sa bataille contre Arès, Diana avait quasiment perdu tout espoir en la capacité de l’Homme à être bon, ou plutôt à ne pas être mauvais. C’est d’abord la douleur de voir Steve mourir qui la fait réagir, puis le souvenir de leur relation, de sa bonté et de son sacrifice final qui lui permettra de vaincre une fois pour toute Arès.

Les détracteurs pourrait dire qu’il est décevant que ce soit le seul souvenir et l’amour d’un homme qui “sauvera” Diana, mais il me semble que Steve représente plus que ça. Il est pour Diana la représentation de l’Homme capable de choisir le bien à ses dépens, contredisant ainsi l’idéologie d’Arès. Bien qu’Arès a raison de dire que l’Homme, fondamentalement imparfait (i.e. pécheur) continuera à s’auto-détruire, Diana choisit de sauver l’humanité. Et c’est là qu’elle dit la réplique qui tue que j’ai cité au début de cet article. Elle choisit de croire que l’Homme est tout de même capable de choisir le bien, et que l’amour triomphera.

Il ne s’agit pas de mérite, il s’agit de ce qu’on croit. Et je crois en l’amour. Seul l’amour peut véritablement sauver le monde.

Un arrière-plan chrétien

Même si l’univers du film et du DCEU s’inspire très largement de la mythologie grecque en adaptant notamment le Panthéon Olympien, les thèmes développés dans Superman, Batman V Superman et Wonder Woman utilisent l’iconographie et les idées du christianisme (ce qui peut sembler évident vu que ces films ont été conçues dans un environnement culturel judéo-chrétien occidental). Les deux héros idéalistes et extra-humains que sont Superman et Wonder Woman sont souvent traités ou décrits comme étant des dieux, ce qui est d’ailleurs le cas de Diana, demi-déesse et fille de Zeus.

Dans le cas de Superman, le cadrage de certains plans renvoie directement à l’iconographie christique, et dans le cas de Wonder Woman on pourrait trouver des éléments messianiques dans les personnages de Diana et de Steve. D’une part, Diana est la fille de Zeus, le plus important des dieux de l’Olympe. Elle a cette été conçue expressément pour être “l’arme” qui permettra de vaincre Arès, mais elle choisi volontairement d’accomplir sa mission en allant dans le “monde des Hommes” par amour pour l’humanité. D’autre part, le sacrifice final de Steve est l’archétype du sacrifice messianique, dans le sens où il se sacrifie en connaissance de cause et par choix pour le bien de l’humanité.

Jusqu’ici, on peut tracer quelques parallèles avec la figure du Christ, le fils de Dieu qui vient sur Terre se sacrifier de son plein gré pour sauver l’humanité du mal, son sacrifice étant l’acte d’amour ultime. Cependant, sa mort n’est pas du tout héroïsme hollywoodien comme celui de Steve ; contrairement à Diana, Jésus n’a pas subitement “débloqué” son pouvoir divin pour vaincre le mal dans un combat épique rempli d’effets spéciaux. Au contraire, il a été humilié et rejeté, traité comme un criminel, et même abandonné par son propre Père divin qui aurait pu très facilement le sortir de là. Mais heureusement, tout cela fait partie du plan (humainement farfelu) de Dieu pour l’humanité.

Dans le fond, Arès avait raison. Nous ne méritons pas l’amour de Dieu, car comme nous montre le film et l’Histoire, nous ne faisons que refaire encore et encore les même bêtises (qui ne font sans doute que s’amplifier à mesure que la technologie nous en donne les moyens). Dieu aurait très bien pu nous rejeter et détruire l’humanité. Même quand il remet à zéro une première fois l’humanité, il lui laisse une chance en protégeant une famille, celle de Noé. Et comme il est plutôt sympa, il fait la promesse de ne plus anéantir l’Homme à l’avenir et d’avoir une relation particulière avec lui — et il tient sa promesse à travers des siècles de générations aussi désobéissantes les unes que les autres. Bien plus, selon le très cité Jean 3:16, “(Car) Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.”

Dieu n’avait pas besoin que quelqu’un lui prouve que l’humanité est digne d’être sauvé. Il connait très bien la nature pécheresse de l’Homme. Il va plus loin que les propos de Diana, car il n’a pas besoin de “croire” en l’amour de quelque façon qu’il se manifeste chez l’Homme pour nous aimer. Il nous aime de façon inconditionnelle, irrémédiable et parfaite, selon un Amour que C.S. Lewis qualifie d’Agape, qu’il manifeste avec le sacrifice de son fils Jésus-Christ à la croix. Par ce sacrifice et par sa résurrection, nous pouvons rétablir la paix qui existait auparavant entre Créateur et Créatures. 

Ainsi, nous qui ne méritions vraiment pas son amour sommes rendus méritant par Jésus, si on veut bien l’accepter.

Je me permettrais donc de m’approprier la réplique de Diana en disant : 

“Il ne s’agit pas de ce qu’on mérite, il s’agit de ce qu’on croit. Et je crois en l’amour manifesté en Jésus-Christ. Seul son amour peut véritablement sauver le monde.”

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