La vision du mal dans Wonder Woman

— par Benjamin N.

De nombreuses analyses ont été faites sur les aspects éventuellement féministes du dernier film de DC, sur les différences à l’univers du comics ou sur sa réalisation. Nous nous pencherons ici sur son thème principal, le mal : son origine, ses conséquences, sa solution.

Une vision (quasi) biblique du mal

Le film contient de multiples éléments rappelant la vision chrétienne du monde est de sa grande anomalie, le mal.

Spoiler warning : Cet article évoque des éléments clefs du récit, ce qui pourrait vous gâcher le plaisir de le découvrir par vous-mêmes.

La Chute

La mythologie exposée présente l’humanité comme étant originellement bonne, créée par un dieu bon. Tout comme dans la Bible, le mal est ensuite introduit par un élément extérieur, Arès, aboutissant à la corruption de l’homme. Certes, puisque Zeus ne semblait pas avoir de relation particulière avec les hommes, les conséquences de leur péché sont uniquement horizontales (ils s’entre-tuent et dégradent le reste de la création), et la détresse de l’homme n’est pas identifiée à sa séparation d’avec son créateur.

Ce-dernier ne prononce d’ailleurs pas de jugement face au péché, le mal qui en résulte échappe à son contrôle ; mais le bilan est proche de celui de la Genèse, celui d’une humanité déchue, d’un monde dans un état anormal, loin du plan initial de Dieu. Et dans le « récit créationnel » conté par la mère de Diana, les références à la Genèse semblent explicites :

Zeus créa des êtres sur lesquels les dieux régneraient. Ils étaient faits à son image, justes et bons, forts et passionnés. Il nomma « homme » sa création, et l’humanité était bonne. Mais le fils de Zeus devint envieux et jaloux, et voulu corrompre les créatures de son père. Arès pervertit les cœurs des hommes par la jalousie et la suspicion. Il les fit se retourner les uns contre les autres, et la terre fut ravagée par la guerre.

Bien sûr, Zeus ne peut pas être comparé au Dieu révélé dans la Bible : il est faillible (sa tentative de restaurer l’humanité par l’influence des Amazones échoue), limité (il n’est pas assez puissant pour vaincre totalement Arès), et n’interagit jamais avec sa création. Mais, tout comme Dieu promet immédiatement après la chute que Satan sera finalement détruit, Zeus n’abandonne pas totalement les hommes et leur fait don d’une « arme » capable de venir à bout du dieu du mal : il s’agit de Diana / Wonder Woman, sa propre fille.

Le mal qui persiste

Arès est présenté comme le grand tentateur, donnant aux hommes les occasions de faire le mal tout au cours de l’histoire. Cependant, il précise ne jamais les forcer à mal agir : son but est de démontrer à quel point l’humanité est mauvaise, il laisse donc les hommes agir de leur plein gré. Nous sommes en présence d’une illustration de l’articulation entre le pouvoir du diable et de la responsabilité humaine : bien que Satan pousse sans relâche l’homme à pécher, chaque homme est bien responsable et peut donc être condamné pour ses mauvaises actions. Nous sommes libres d’imaginer tous les facteurs qui ont pu pousser les pires êtres humains, comme les Ludendorff ou le Docteur Maru, à œuvrer pour massacrer tant de personnes, mais en tant qu’humains ils étaient libres de choisir :

Toutes ces années, j’ai œuvré seul, murmurant à leurs oreilles des idées, leur inspirant des formules, des armes… Mais je ne les ai pas utilisés. Ils ont eux-mêmes provoqués toutes ces guerres. […] Regarde le monde autour de toi : c’est l’homme qui a fait tout cela, pas moi ! Ils sont horribles, remplis de haine, faibles…

L’homme est responsable de toutes les guerres, de toutes les horreurs et toutes les injustices qu’il a provoquées, et ne peut simplement accuser Dieu ou Satan. La ligne de défense d’Ève et d’Adam après leur désobéissance, parfois reprise par nos contemporains (pourquoi Dieu permet-il au mal d’arriver ?), ne tient pas.

Chaque système de pensée identifie d’une manière ou d’une autre une origine au mal. Il peut s’agir de certains hommes (Ludendorff, Hitler), d’autres êtres (Arès, Satan), d’un système injuste ou inégalitaire, de conditions de vie, de manque d’éducation… Toutefois la grande révélation pour Diana est que le mal ne disparaît pas avec son auteur, mais qu’il est profondément ancré en l’homme. Un combat se limitant à un élément externe est voué à l’échec.

— Arès est mort, les hommes peuvent s’arrêter de se battre ! Pourquoi se battent-ils encore ? […] — J’aimerais pouvoir de te dire qu’il y a un méchant dans l’histoire, mais en réalité nous sommes tous coupables. Peut-être bien que je le suis aussi…

C’est bien ce qu’affirme la Bible : l’enjeu du mal n’est pas extérieur à l’homme qui pourrait se régler par des comportements ou des systèmes sociaux, il s’agit bien d’un problème de cœur, qui prend racine au fond de tout homme ou femme. Il est difficile d’assumer que l’homme, qui est capable du meilleur, soit responsable de tous les crimes commis au cours de l’histoire et nous aimerions pouvoir les imputer à quelque chose d’autre. Mais au bout du compte, rien ne distingue Steve de Ludendorff… Que mérite donc un être coupable de cela ?

Le mérite et le salut

Remarquons tout d’abord que les hommes enlisés dans le mal ont besoin d’une intervention extérieure à leur humanité pour s’en sortir (en la personne de Diana, fille de Zeus). Il n’y a pas d’issue sans une volonté transcendante qui agisse.

Pourtant le constat suivant est partagé par tous les protagonistes – Arès, Diana, Steve : l’homme est mauvais et ne mérite pas d’être sauvé. C’est bien sûr le cas du Dr Maru, mais par extension de toute l’humanité qui partage la même nature pécheresse :

Elle est le parfait exemple de ces humains, indigne de ta sympathie dans tout ce qu’elle est. Détruis-la, Diana. Tu sais qu’elle le mérite. Comme ils le méritent tous. […] Ils ne méritent pas notre aide, seulement la destruction. […] Ils sont et seront toujours faibles, cruels, égoïstes, et capables des pires horreurs.

C’est bien ce que révèle Dieu dans sa Parole, la juste rétribution pour l’humanité serait la mort. Cependant Diana choisit de se battre pour les hommes : la raison du salut doit nécessairement être autre que le mérite !

— Ils ne méritent pas ta protection !
— Ce n’est pas une question de mérite…

Dans la Bible, le sauvetage immérité des humains s’appelle la grâce.

La solution

Malgré tous ces parallèles, de nombreuses différences existent, certaines d’entre elles étant fondamentales.

L’amour ?

En premier lieu, la fin de la réplique de Diana sur le mérite est pour le moins mystérieuse :

Ce n’est pas une question de mérite… C’est une question de croyance ; et je crois à l’amour.

Diana opère donc son choix en raison de sa foi en « l’amour ». Mais de quel amour est-il question ? Son amour (romantique) pour Steve ? Un amour pour les humains ? Ou bien l’amour dont les hommes sont capables ? Le film s’achève sur cette affirmation :

Je sais que seul l’amour peut sauver le monde.

Il me semble que, dans la bouche de Diana, il s’agisse de la capacité d’aimer de chacun, de la « bonne nature » de l’individu qui doive triompher. Mais cette vision entre en contradiction avec ce qui a été posé plus tôt ! En effet cette part de bon ou cette capacité au bien devient une forme de mérite, et se retrouve capable de contre-balancer le jugement sur une humanité qui tue des innocents et des enfants. L’homme ne mériterait pas d’être sauvé à cause de ses mauvaises actions, mais sa capacité au bien rendrait légitime le fait de ne pas le punir.

Bibliquement, seul l’amour de Dieu nous sauve. Et il ne s’agit ni d’un amour romantique, ni d’un amour qui se justifierait par une capacité de notre part à bien faire, mais d’un amour sacrificiel immérité qui respecte entièrement la sentence envers le péché.

La question de la justice

En effet, faire prévaloir la capacité à la bienveillance sur le mal commis ignore toute notion de justice. Épargner une chimiste coupable de crime contre l’humanité sous prétexte qu’elle a le potentiel d’aimer, cela nous pose de très sérieux problèmes ! Bien différent du Dieu qui se révèle dans la Bible, Zeus ne punit pas, il n’est ni juste ni juge. S’il agit pour restaurer la paix et faire cesser le mal, les conséquences du péché semblent être un fait qui échappe à son pouvoir plutôt qu’un décret contre la désobéissance qu’il ne pourrait supporter. Pour lui la rébellion des humains n’est pas un problème en soi, des actions sont uniquement nécessaires en raison des dégâts provoqués.

Concrètement, Zeus n’a que faire de la justice. Ceci n’est certainement pas une marque d’amour pour ses créatures : préfère-t-il les meurtriers aux victimes qui n’obtiendront jamais justice ? Il abandonne aussi toute punition contre les offenses dirigées contre lui : peut-il être qualifié de juste ? Nous touchons du doigt une des particularités de christianisme : Dieu a trouvé le moyen de nous sauver tout en rendant pleinement justice. Jésus nous offre de porter la peine de nos pires crimes.

La véritable espérance

La séance se termine sur une note apparemment positive :

Je voulais sauver le monde, faire cesser les guerres et apporter la paix aux hommes. Mais j’ai entrevu le côté sombre de leur esprit, et j’ai compris que dans chacun il y aurait toujours les deux. Qu’ils doivent faire eux-mêmes un choix. C’est une chose qu’aucun héros ne pourra vaincre… Maintenant, je sais que seul l’amour peut sauver le monde. Et je reste, je me bats et je me donne pour ce monde que je crois possible.

Même si cela peut paraître convaincant sur le coup (la bande-son aidant), cette affirmation se révèle plutôt déprimante lorsqu’on l’examine de plus près. D’après elle :

  • Nous serons éternellement en combat contre le mal, l’humanité n’a aucune possibilité d’en être délivré ;
  • Il n’y a pas de raison particulière d’espérer que le monde s’améliore (nous ne sommes pas meilleurs que nos ancêtres, et nos descendants ne le seront pas plus que nous) ;
  • Chaque individu pourra toujours choisir le mal ;
  • Aucun élément tangible ne vient appuyer la foi en le triomphe de l’amour, le « côté sombre » pourrait tout aussi bien s’imposer. L’optimisme de Diana repose sur un monde qu’elle croit possible, mais qui pourtant est fort improbable au vu des horreurs répétées des humains.

Cette pirouette finale, le passage du constat de la corruption profonde de l’homme à cette foi floue en une humanité qui tendrait vers le bien, peut nous paraître grossière. Je pense pourtant qu’elle est naturelle dans le cadre d’une vision du monde qui ne croit pas en Jésus : quel que soit notre raisonnement, nous sommes comme contraints d’imaginer une solution, un espoir, pour agir et continuer à vivre.

C’est le « oui-mais » de la personne qui est lucide sur la nature de l’homme mais qui refuse de pousser la réflexion jusqu’au bout, de peur des conséquences logiques, et se retranche donc dans une croyance qui rassure. Nous pouvons observer ce même schéma dans d’autres systèmes de pensée (l’existence est absurde mais l’homme peut trouver du sens s’il se rebelle contre cette condition, l’homme est déterminé mais peut devenir libre en en prenant conscience, etc.). Ici, le message final est que si l’homme est profondément mauvais, il reste tout de même suffisamment bon pour s’en sortir.

Face à cette illusion, nous devons annoncer le seul véritable espoir pour l’humanité :

  • Non d’un Zeus qui meurt en nous laissant une arme à l’efficacité incertaine, mais d’un Dieu bien vivant qui contrôle tout ce qui se passe à chaque instant ;
  • Non d’une guerrière qui nous laisse découvrir la voie du bien, mais d’un véritable sauveur qui nous a montré le chemin ;
  • Non d’une humanité qui doit se transformer, mais d’un Dieu qui transforme et restaure des individus par son Esprit ;
  • Non d’une bonté humaine qui nous ferait mériter de vivre, mais d’un salut immérité qui est pleinement juste ;
  • Non d’un éternel combat manichéen, mais d’un moment proche où le pouvoir du mal sera définitivement réduit à néant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *