Rencontre avec Jérémie Corbeau

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Aujourd’hui nous rencontrons Jérémie Corbeau, photographe professionnel et Administrateur des GBU (Groupes Bibliques Universitaires). Il a récemment exposé au Musée des Beaux-Arts d’Orléans.

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Bonjour Jérémie, peux-tu nous décrire en quelques mots ton parcours artistique ?

J’ai commencé par faire des photos de vacances pour avoir des souvenirs qui racontent une histoire. Enfant, je me souviens avoir participé à des ateliers de développement photo au centre aéré. J’étais émerveillé par cet univers : à partir d’une simple bobine, nous faisions apparaître les photos que nous avions faites le matin même. C’était très intéressant de pouvoir voir tout le processus de réalisation technique d’une photo (le touché, les odeurs particulières des produits).

Mon évolution s’est faite doucement, de souvenirs, mes photographies sont devenues un mode de communication.

Lorsqu’on regarde tes photos, on est frappé par ton utilisation des lignes et des ombres. Y a-t-il pour toi un sens particulier à cela ? 

Souvent, je prends comme base de travail ce qui m’entoure. Les lignes, les formes géométriques sont le prolongement de mon environnement urbain. Quel regarder porter sur ce que je vois ? Suis-je émerveillé lorsque je contemple un quartier défavorisé/délabré ? Suis-je plutôt sensible à la beauté d’un paysage ? Notre rapport à l’autre dépend du regard que nous lui portons. Notre perception est conditionnée par notre expérience, notre éducation, et notre environnement. Quel regard est-ce que je porte sur ce qui m’entoure ? Ces question sont à l’origine de mes photographies.

Les ombres sont des projections de notre propre réalité. Elles sont là où nous sommes, parfois devant, à côté ou derrière nous. Elles nous échappent tout en nous poursuivant. Elles sont à la fois réelles et irréelles. Que vois-je voir dans une ombre ? L’obscurité ? La douceur ? Quel regard vais-je porter sur cette extension de mon être ? Quel sentiment vais-je avoir si une ombre inconnue me recouvre ?

Nous pourrions être tentés de voir la photographie comme la représentation exacte du monde qui nous entoure. Cependant, cet art implique aussi l’intuition de l’artiste et son interprétation du monde. Quelle est la place de ces deux dimensions dans la pratique artistique ?

Ce que j’aime avec la photographie, c’est qu’une photo ne ment pas ! Elle représente la réalité telle qu’elle est !

C’est ce que j’appelle le paradoxe de la photo. L’image que va produire un appareil photo est le reflet exact de la réalité qu’il va capturer. Mais cette réalité est observée par un individu qui va interpréter ce qu’il voit en choisissant ce qu’il va montrer. Donc au final, la photo ne présentera pas la réalité mais l’interprétation qu’en fait son auteur. Et c’est très amusant ! Souvent quand je fais des photos dans la rue, je suis arrêté des éléments insignifiants que je trouve intéressants. Les passants sont souvent intrigués par ce que je fais. Une fois, j’ai passé 20 minutes à photographier des tuyaux d’évaluations, des policiers qui passaient par là sont venus me demander ce que j’étais en train de faire.

Tu as récemment exposé ton œuvre au Musée des Beaux-Arts d’Orléans. Le thème était « Réalité énigmatique ». Peux-tu nous en dire un peu plus ? 

Chaque homme prend les limites de son propre champ de vision pour les limites du monde. Cette citation d’Arthur Schopenhauer illustre ma démarche. Qu’est-ce que la réalité ? Ce que je vois ? Ce que je ressens ? N’est-ce en fait qu’une projection de mes perceptions ?

Au travers de mes « Réalités énigmatiques », j’invite le spectateur à s’interroger sur ses représentations mentales. Ce que je vois est-il réel ? Est-ce une projection de mon imagination, de mon éducation ? Existe-il des réalités qui nous dépassent ?

En plus d’être photographe, tu es aussi très engagé avec les Groupes Bibliques Universitaires. Comment gères-tu ces deux engagements ?

C’est complémentaire mais ça me prend du temps ! Au sein des GBU, je coordonne également le programme Forum Veritas. Il s’agit de conférences-débats sur les grandes questions de société. Nous confrontons les points de vues de personnalités ayant des visions du monde différentes pour amener les étudiants à se forger une opinion basée sur de vrais arguments. Ces conférences ont une influence sur ma manière de penser la photographie dans le sens où j’essaye, moi aussi de questionner le spectateur.

Vis-tu cette relation entre ta foi et ton art ? Y a-t-il des défis, questions particulières auxquelles tu fais face ? 

Je donne un exemple, notre rapport à la beauté. La foi chrétienne verra le monde au travers du prisme de l’espérance en Jésus Christ. C’est à dire que le regard que nous portons sur le monde qui nous entoure comporte l’espérance et l’amour de Christ. Nous pouvons nous poser la question : comment Jésus verrait-il ce que je vois ? Quelle espérance pouvons-nous voir dans un paysage chaotique ? En tant que chrétien, comment faire ressortir ce regard doux que nous pouvons apporter ?

Que dirais-tu à un chrétien qui voudrait s’engager dans le domaine artistique ?

Je l’encouragerais à travailler pour être bon dans l’exécution technique de son art. 

Comment penses-tu que nous pourrions, individuellement et en Église, encourager les chrétiens engagés dans le monde artistique ?

En étant bienveillant. Pour un artiste, présenter son travail n’est pas toujours facile. Exposer, c’est se mettre à nu : montrer qui il l’on est, ce que l’on pense, ce que l’on ressent. L’artiste aura une manière différente de voir le monde. Cela va intriguer, questionner, et c’est une bonne chose !


Découvrez l’œuvre de Jérémie Corbeau sur son site http://www.jeremiecorbeau.com

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