Évangile et minimalisme

par Matthieu Giralt
(contributeur ponctuel)

En 2007, Dave Bruno, un entrepreneur dépassé par tout ce qu’il possède, décide de réduire la liste de ses possessions à 100 objets. Son expérience part du constat que la société moderne occidentale vit dans l’excès et pose la question de savoir ce qui est réellement nécessaire pour mener une vie heureuse et accomplie. Depuis, des dizaines de livres, de blogs, de magazines et de vidéos parlent de ce mouvement qu’on appelle « minimalisme. »

On devrait plutôt parler de « minimalismes », au pluriel. Selon les auteurs et les approches, on va se concentrer sur :

  • l’élimination de tout ce qui encombre (Béa Johnson),
  • ce qui est essentiel (Léo Babauta),
  • la valeur affective des objets (Marie Kondo).

Mais quelque soit l’approche, le minimalisme fait écho à des besoins profonds, ancrés en chacun de nous. Le minimalisme interroge sur ce qu’est d’être humain, ce qui rend la vie digne d’être vécue et ce qui donne un sens à notre existence.

Au fond, le minimalisme nous place devant quelques grandes questions existentielles : Quel est notre but ? Comment être heureux ? Comment bien vivre ?

Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus avaient tout ce que le rêve américain promet : un gros salaire, une grosse maison, une grosse voiture. Mais, en dépit de tout cela, ils posent le constat suivant : « Et pourtant, avec toutes ces choses, nous savions que nous n’étions pas satisfaits de nos vies, nous n’étions pas remplis. »

Ils entament leur livre Minimalism, live a meaningful life (« Le minimalisme : vivre une vie qui a un sens ») avec ces mots :

Nous cherchons tous la même chose : comment vivre une vie qui a plus de sens. […] Les possessions matérielles que nous accumulons ne nous rendrons pas heureux. Nous savons tous cela et pourtant, nous cherchons souvent un sens à notre vie par l’accumulation de plus de possessions. Le vrai bonheur pourtant, vient de qui nous sommes.

Les minimalistes montrent tous que nous avons un problème avec l’accumulation d’objets. Quelque part, ils remarquent que nous recherchons le bonheur et la sécurité dans ce que nous possédons. Les minimalistes ont aussi raison en disant que ce que nous possédons finit par nous posséder. Ce que nous avons accumulé finit par nous prendre notre argent, notre temps et notre énergie. Le minimalisme montre avec force que le consumérisme est un problème qui dépasse la question économique. Notre manière de consommer révèle notre cœur et nous enferme plus qu’elle nous libère.

Pourtant, ce que proposent les minimalistes ne règlent pas le problème. Pour eux, le problème est que nous nous définissons par ce que nous avons, plutôt que par ce que nous sommes. Nous avons placé notre identité, notre valeur et notre bonheur dans les objets. Pour régler le problème, les minimalismes décident de couper les mauvais fruits en espérant que cela guérisse les racines. Au lieu d’articuler une solution autour de qui nous sommes, les minimalistes essaient de le faire en réduisant ce que nous avons. Le problème et la solution se trouvent dans le nombre d’objets que nous possédons. En coupant les mauvais fruits on peut soulager l’arbre, mais les mauvaises racines continueront à produire des fruits malades.

Un ascète peut avoir le même problème qu’un millionnaire.

Si on voulait aller jusqu’au bout du raisonnement, ce que nous sommes ne devrait pas dépendre de ce que nous avons. Par conséquent, quelque soit le nombre de choses que nous possédons, nos possessions ne devraient pas nous définir ou nous enfermer. Le vrai problème n’est pas d’avoir trop de choses, mais notre rapport aux choses. Un ascète peut avoir le même problème qu’un millionnaire.

La vision biblique du monde pose un constat encore plus terrible sur le problème, et une solution correspondante bien plus radicale. Le vrai problème n’est pas extérieur, mais intérieur. Le problème n’est pas dans ce que nous avons, mais dans ce que nous sommes. Réduire ce que nous avons ne changera pas ce que nous sommes. La Bible ne définit pas l’homme par lui-même, mais dans son rapport avec Dieu. C’est dans sa relation alliancielle avec Dieu que l’homme trouve son bonheur, son but et sa liberté. Le vrai problème, c’est le péché. C’est à cause du péché que l’homme passe de la liberté en Dieu à l’esclavage du péché, du bonheur au désespoir et passe à côté du but que Dieu donne aux humains : le connaitre, le glorifier et faire de lui notre plus grande joie.

Pour changer de vie, il faut changer de cœur. Dans le sermon sur la montagne, Jésus disait avec force que si nous ne servons pas Dieu, nous servons un autre maître (Mt 6.24). Il appelait ses auditeurs à placer en Dieu leur sécurité et leur confiance et à ne pas se fier à ce qu’il possédait, ou à ne pas s’inquiéter de ce qu’il n’avait pas (Mt 6.25-31), mais à se tourner et à se confier en Celui qui sait ce dont nous avons besoin et prends soin de nous (Mt 6.32-34). Jésus nous invite à nous détacher à la fois de ce que nous avons (ou pas), et même de qui nous sommes, pour regarder à qui Dieu est. C’est en lui que nous trouverons notre sécurité, notre bonheur et notre but.

Si tu n’es pas satisfait avec ce que tu as, tu ne le serais pas avec le double.

Les minimalistes, même s’ils ne traitent que les fruits du problème rejoignent l’enseignement de la Bible : il faut se contenter de ce que l’on a, que ce soit beaucoup ou peu (Ph 4.11-13). Charles Spurgeon disait : « Si tu n’es pas satisfait avec ce que tu as, tu ne le serais pas avec le double. » Là encore, le contentement n’est possible qu’en Jésus. Pour être content avec ce que l’on a (ou pas), il faut que notre joie ne dépende pas de ce que nous avons, mais de Celui en qui nous croyons. Notre joie dépend d’une chose que nous ne pouvons jamais perdre, plus importante que la santé, les relations ou la richesse : Jésus-Christ, notre bien suprême.

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