« Fais un vœu »: passage en revue d’une Histoire fabuleuse, mais diablement mal inspirée.

par Quentin L.

Devenu l’un des plus populaires support médiatique de notre siècle, devançant même la télévision pour les dernières générations, YouTube se voit logiquement pris d’assaut ces dernières années par une multitude de petits malins non peu satisfaits de pouvoir trouver une rentabilité à leurs passions.

Mais au delà de cette source de profit innovante, par son caractère facile d’accès et le format relativement court des productions qu’on y trouve, YouTube se voit aussi devenir la pépinière propice à l’émergence d’un nouveau type d’oeuvres artistiques pour notre temps. Ainsi, après avoir rencontré un franc succès en se contentant d’imiter les gestes du quotidien, le tout drôle Cyprien change lui aussi de registre et nous promet enfin un script faisant appel à ses propres capacités scénaristiques. Pourtant, malgré la prestation talentueuse du comédien qu’il nous faut bien saluer, de surprenantes révélations peuvent nous attester qu’il ne s’agirait là que d’un simple plagiat.

Après une fouille rondement menée, nous pensons pouvoir affirmer que cette oeuvre à déjà été produite auparavant. Mais avant d’exposer la comparaison qui permettra à tous d’y voir un peu plus clair, regardons attentivement la vidéo en question.

Partant d’un motif suivant lequel l’homme doit laisser sa pensée lui indiquer le summum identitaire qu’il peut atteindre, Cyprien nous fait suivre à travers l’évolution de son personnage, Nicolas, différentes périodes durant lesquelles la constante d’un vœu présent instinctivement en lui doit toutefois entrer en relation avec une autre variable pour être validée: la réalité. Or, avec les nouvelles données s’introduisant progressivement dans le cerveau de Nicolas, on observe ainsi au fil du temps la survenue de nouvelles statistiques du réel venant diminuer peu à peu l’espérance de vie du vœu, jusqu’à un point de non retour.

Ce jeu de rôle intérieur entre vœu et réalité constitue l’intrigue principale sur laquelle repose ce court-métrage. Or, c’est bien justement dans son déroulement que nous pensons pouvoir être saisis d’un sentiment de déjà vu.

Revenons donc au début de la fête en l’honneur du petit enfant gâté, et décorticons plus en détail ce plat soigneusement préparé pour faire plaisir, mais générant un monstre d’énergie finalement victime d’épuisement.

I. Un renouveau prometteur

Tout commence le jour d’un anniversaire. Mis à l’honneur pour l’occasion, notre jeune pokémon replacé dans une position de meneur nous dévoile alors l’intense charge qui alimente son espérance. Ce qu’il nous faut alors observer en arrivant à la première vitrine de la pensée de Nicolas, c’est que son vœu se caractérise par des projections originales de lui même, mais qui pour le coup, surpassent largement les limites communément admises. Partant en effet de son seul potentiel créatif, Nicolas est alors certain de pouvoir théoriser tous les plus fantastiques devenir de sa personne.

A ce stade initial, la projection extravagante du vœu n’a aucun mal à s’unir avec celle de la réalité, car dans un esprit centré sur soi même sans attention pour ce qui se trouve vraiment au dehors, toutes les combinaisons apparaissent possible. Mais bien-sûr nous ne sommes qu’aux premiers émois de la voltige solitaire. Passons maintenant à un niveau plus évolué.

II. Une adolescence bien approchée

Au rendez-vous suivant, notons un certain changement dans la pensée de Nicolas. Car en effet, se trouvant maintenant seul au contact de son environnement, et toujours plus exposé à un entourage, notre jeune camarade se sent alors contraint d’incorporer les tendances du monde qui l’entoure pour se projeter intérieurement. Malgré la venue de nouvelles alternatives électriques, tout n’est donc plus admissible dans sa pensée. 

 

A ce stade plus avancé, la projection de la réalité désormais enrichie à partir de l’influence extérieure commence à se désolidariser de la projection du vœu en perte de crédibilité pour ses plans de carrières. Mais face à cette première tension, une légère rectification s’avère toutefois possible du côté du vœu et permet l’arrivé d’un métier conciliant dans la pensée de Nicolas. Tout s’avère donc encore jouable.

III. Une révolte immanquable

Malheureusement, les choses finissent par tourner au vinaigre. Car voilà, toujours plus nombreuses, les connaissances reçues de Nicolas finissent par être intégrées comme la seule source de témoignage valide sur laquelle s’appuyer pour s’envisager correctement dans la société. Or, face à ce nouveau procédé, l’attache au divertissement de Nicolas est alors décrite sans avenir, et doit se reconvertir à l’étude la plus en règle.

  

A ce stade critique, la projection de la réalité finalement développée à partir des seuls enseignements académiques renferme alors une compréhension incompatible avec le désir d’évasion inspirant la projection du vœu. Rationnalisme oblige, le voeu doit cesser d’être.

 

Mais un revirement inattendu à pourtant lieu dans la pensée de Nicolas. Car têtu et prêt à tout pour faire admettre le caractère rationnel de sa présence, le dernier vœu menacé fournit une ultime argumentation en s’appuyant le prétendu bagage bien réel de la liberté. Tentée mais pas dupe, la raison se laisse finalement convaincre.

IV. Une résiliation forcée

La suite nous montre toutefois qu’une telle tentative était peine perdu. Après un moment d’entêtement, les idéaux de Nicolas n’étaient malheureusement pas parvenu à se maintenir face aux chiffres implacables du secteur de l’emploi et du marché immobilier. Ces derniers sont alors intégrées dans la pensée de Nicolas pour déterminer en tout point le calque de son identité.

 

A ce stade inévitable, la projection de la réalité toujours restreinte aux seuls rapports officiels arrivait à un point ou plus aucune projection de vœu n’était possible. S’en était terminé des aspirations de Nicolas, ironie du sort, la raison en laquelle tout jugement avait été confié avait finit par prendre le rôle de véritable bourreau.

V. Une naissance renversante

Et pourtant, ce n’était pas encore la fin! Car voici, une heureuse nouvelle été apportée, et voilà que tous les vœux balayés de Nicolas s’étaient vus revenir en force!

Mais attention toutefois. Le point vital qu’il nous faut souligner ici, c’est le changement de nature opérée dans le vœu lui même, permettant de le réanimer. En effet, c’est en adoptant une expression volontairement surfaite à ses souhaits que notre jeune père parviendra à s’échapper des codes de conduites dans lesquelles l’avait retenu sa raison.

A ce dernier stade libérateur, la projection de la réalité ne pouvant plus supporter les dernières aspirations du vœu, c’est désormais dans un espace volontairement en rupture avec la raison que finissent logiquement par se retrouver les projections de vœu de Nicolas pour s’épanouir. Dès lors, notre ami avait maintenant toute la place pour envisager avec foi les plus grandes absurditées, le plafond de la réalité ne le retenait plus.

 

Nicolas, un personnage que nous connaissons tous.

Quelle histoire! Et quel dénouement spécial. Mais maintenant que nous suivi les différents stades caractérisant le développement de pensée de notre cher Nicolas, nous ne pouvons nous empêcher de suspecter une corrélation avec les différents stades de pensée d’un destin bien plus célèbre. 

Notre ami Cyprien ne s’en doute certainement pas, mais curieusement, la même trame évolutive pouvait en fait être décelée dans le développement de la pensée occidentale, car cette dernière semblait être passée en tout point par les mêmes étapes que celles auxquelles nous venons d’assister.

En effet, en se penchant sur l’histoire de notre civilisation, les deux penseurs réformés Herman Doyeweerd et Francis Schaeffer ont aidé à mettre en évidence la présence d’une pensée corporative unique liant le mouvement humaniste et fonctionnant suivant le même principe de dialogue intérieur, de va et viens entre la projection d’un voeu et une représentation de la réalité cherchant à s’entendre et se compléter pour formuler une définition épanouissante de l’identité humaine.

Et si cette pensée « dialectique » mise en mouvement par notre civilisation semblait avoir suivie la même tournure que celle de Nicolas, ce n’était pas un hasard. Car en effet, dans les deux cas, c’était le même présupposé de l’autonomie de la raison que nous pouvions retrouver au préalable, comme si ce seul facteur semblait sceller d’entrer de jeu la totalité d’un circuit prêt à être parcouru. C’est cette réalité déterministe s’attachant à la pensée occidentale que nous désirons ainsi mettre en lumière grâce à cette comparaison. Revenons donc maintenant sur les différentes étapes caractéristiques de son évolution dont nous connaissons forcement déjà l’issue.

I. Une Renaissance ambiteuse

Tout comme les aventures du petit Nicolas ne débuteront que lorsque celui ci choisira de s’envisager de son propre chef, l’homme occidental – pourtant marqué d’un baptême lui enseignant qui il est – ne connaitra le début de son Histoire qu’en décidant de prendre du recul sur son héritage pour redéfinir les marqueurs de son identité en toute autonomie. Dès lors, c’est une source aux capacités intarissables qui jaillira en lui pour flatter son égo, et se laissant entraîner dans une vague d’inventivité gigantesque, l’humaniste de son nom de scène se sentira alors pousser des ailes très tôt sur le papier et formera le projet d’achever dans sa pensée une construction idéologique tentaculaire au sein de laquelle sa place de choix pourrait trôner éternellement. Représentant solitaire de cette montée en puissance megalomaniac, Léonard de Vinci en réfléchira le miroir à la portée universelle.

Écartant les bras bien droit pour se définir comme la règle de toutes mesures, l’humaniste séduit par un beau discours réalise un vieux mythe à la lettre en s’étendant simultanément comme la pièce maîtresse autour de laquelle gravite toutes choses.

A ce stade initial reprenant dans les grandes lignes la dramatique tournure du péché originel, comme pour Nicolas, la projection extravagante du vœu replacé sur le nombril promettait de coïncider parfaitement dans le cadre de la réalité. Dressant la liste de toutes ses proportions, l’humaniste rigoureux reconnait d’une part le devoir de dresser un auportrait objectif de lui même. Mais intimement convaincu de posséder une singularité à l’issue de cette première introspection, tout semblait jusque là lui permettre de se situer rien de moins qu’au centre de l’Univers. Suivant ce schéma explosif, l’humaniste à la confiance plafonnante sentira comme une nécessité de revisiter ses origines en ne manquant pas de s’octroyer le premier rôle.

Préférant exalter sa propre créativité au quatre coins d’une fresque n’ayant que sa silhouette pour modèle suprême, le copieur d’Adam affesse sa désinvolte posture en refaisant Dieu à son image. En reproduisant ainsi l’acte impardonnable de la genèse, l’homme occidental avait encore touché du doigts le fruit défendu de son jardin secret.

II. Une Modernité bien distinguée

Puis, comme Nicolas, l’humaniste murrissant se décidera à sortir de sa zone de confort pour se confronter plus amplement au monde qui l’entoure. Face aux dimensions de l’espace se précisant dans son champ de vision, le mouvement dut alors réajuster ses conjectures en fonction des nouvelles données absorbées : c’est l’avènement de la méthode cartésienne à la maxime universelle.

Après avoir fondé l’origine de sa force dans l’invisible de sa pensée, l’humaniste consciencieux ouvre symétriquement les yeux au domaine du visible pour focaliser son attention dans la bonne direction.

A ce stade secondaire, comme pour Nicolas, la perception de la réalité plus développée commence à remettre en doute la position initiale du vœu : suite à l’observation captivante des étoiles, le géocentrisme ayant élu domicile dans le noyau du cerveau se trouvait dépasser les bornes. Toutefois, après avoir cherché la solution à l’équation, l’humaniste calculateur trouve finalement dans la souveraineté du globe terrestre une propriété appréciable à dogmatiser. Suivant ce profil esthétique, l’heure était donc à l’effort pour un homme bien décidé à mettre en pratique sa vocation si particulière.

Sous le compas d’un savant somptueusement mis en valeur par sa force d’attraction, l’homme occidental touchant au but contracte toujours des formes de divinité : il assoit son règne jusque dans les fins fonds de l’océan.

III. Une Révolution nécessaire

Nous atteignons pourtant à cette profondeur le seuil critique de l’épopée humaniste. Car voilà, sous la pression toujours plus forte du rationalisme, les différents spectres de connaissances obtenus en phase de recherche sont alors comprimées comme le seul ancrage permettant de stabiliser une représentation solide de la réalité. Or, suivant cette approche réduite aux investigations d’un comité d’enquête, toutes hypothèses attribuant à l’homme une image divine sont jugées infondées, et doivent être écartées : c’est l’avènement des Lumières aux prétentions universelles.

Ayant mis la main sur le suspect (la Théologie illuminée), la Philosophie et la Raison jouent les détectives et ne se servent que des pièces à conviction (les disciplines de la science) pour lever le voile sur le mystère et mettre à nue la Vérité.

A ce stade plus abouti, comme il en fut pour Nicolas, l’assemblage de la réalité désormais dégagé à partir des seules expérimentations méthodiques ne trouvait alors aucune place valable aux révélations surnaturelles motivant le vœu. Une division apparaissant, un véritable bras de fer juridique s’engage alors au sein de la pensée occidentale, et accumulant les preuves à charges, la partie adverse représentée par le noble Denis Diderot fait valoir dans son encyclopédie un éventail de métiers dénués d’un quelconque mandat spécifique. L’homme occidental s’en retrouvait subitement appauvri.

 

Toutefois, comme pour Nicolas, un retournement de situation improbable aura là aussi lieu dans le feu de l’action. Car prêt à tout pour mettre en évidence une loi naturelle lui certifiant un caractère absolu, le bas peuple au banc des accusés trouvera auprès de l’avocat du diable Jean-Jacques Rousseau un contrat social lui garantissant l’attribut immuable de la Liberté. Enfin rassemblée autour d’une même volonté générale, la partie civile en réunion de crise fait alors le serment de braver tous les obstacles pour obtenir gain de cause.

Ayant mis le feu aux poudres pour parvenir à son temps fort, l’homme occidental met la gomme pour délivrer les prisonniers et acquérir un alibi indestructible en faveur de sa Liberté.
Encensée de toute part et corrompue par les chuchotements d’un démon se dissimulant dans ses arrières, la Sagesse humaniste brûle alors tous les soupçons et réattribue à l’audience un rayonnement de provenance céleste.
A l’arrivé du verdict officiel, l’homme occidental retrouvant une valeur particulière à sa nature peut enfin se réjouir: il a maintenant de quoi gravir tous les sommets.

IV. Une Dictature inévitable

Malheureusement, cette brusque ascension ne reposant que sur une vaste fumisterie, une contre attaque minutieusement préparée ne tardera pas à dissiper la bonne humeur et annoncer des jours bien sombres pour l’emblématique calendrier républicain. Le mois de Germinal au roman plus vrai que nature verra le printemps et se chargera de remettre le peuple au goût d’un travail acharné faisant redescendre les dernières impressions de lumière six pieds sous terre. Tristement symbolisé par le naufrage du Titanic, l’humaniste verra tous ses élans de révolution se heurter contre l’unique bloc de glace caractérisant vraiment son avenir. C’est l’avènement du funeste positivisme d’Auguste Comte aux répercutions universelles.

Enfin ramené à une vision strictement matérialiste, l’homme occidental ne trouve de véritable élévation que dans la seule croissance de son capital empirique.

A ce stade fatidique, le champ de la realité s’enracinant enfin sur un ensemble complet d’informations ne supportait finalement plus la pousse d’un quelconque rameau d’espérance au sein de la pensée occidentale. Afin d’opérer la recoupe nécessaire, les ciseaux du plein pouvoir finiront logiquement entre les mains d’un paysagiste spécialisé dans le climat ambiant qui ne laisserait plus aucun espace vital aux aspirations inadaptées. Sous son régime appliquant de manière totalitaire la politique rationaliste, l’homme ne serait plus qu’un cerveau à laver, un patrimoine génétique à perfectionner, une variété de race à hiérarchiser.

Reléguant au passé le Triomphe d’un arc ayant achevé sa course dans les airs, la marche à sens unique du nazisme affiche dans l’Ordre et le Progrès le seul futur remettant enfin les pieds sur terre.

Ainsi l’humaniste épris d’art rêvait de hauteur à ses oeuvres, il achèvera pourtant son cursus sur une architecture de lui même si profondément rabaissante que s’enfuir dans l’ombre d’un sous-sol pour se donner la mort n’aura rien de vraiment mystérieux. L’homme occidental avait trouvé dans l’autonomie de la raison l’assurance d’une Victoire, il y avait maintenant trouvé l’anniversaire de sa défaite.

V. Une Libération fictive

Mais que voilà ? Une incroyable nouvelle était annoncée dans les journaux! L’engouement pouvait refaire surface! Sous un effet d’optique fort trompeur, une surprenante marche avant pleine de tactique avait pointée le bout de son nez et redonnerait comme une blancheur étincelante à l’homme occidental enfin adulé comme un véritable dieu vivant. Au bruit de démarrage caressant d’un baby boum, toutes ses aspirations initiales s’étaient vues reparties pour un tour!

De nouveaux projets de taille se dessinent à l’horizon. En route pour le décollage imminent!

Mais attention, si à premier coup d’oeil les ambitions semblaient reproduites avec les mêmes proportions qu’auparavant, à y regarder de plus près, les mesures essentielles n’étaient cette fois-ci plus respectées : c’est en perdant tout repère réaliste que l’humaniste désespéré avait pu retrouver une rampe de lancement à ses rêves d’interminables réalisations. Nommons Walt Disney aux commandes de cet envol aux envergures universelles.

Désanchanté par les branches repoussantes de son évolution, l’humaniste en mal de vivre quitte le côté obscur et découvre dans la forteresse de son imagination un asile encapsulé au sein duquel tous les plus féeriques alter-egos peuvent être chéris.

A ce stade ultime introduisant l’ère de fin, le terrain sur lequel avait été définie la réalité s’étant refusé à offrir tout droit de cité au besoin de sens du vœu, c’est désormais dans une sphère aux antipodes de toute rationnalitée que ces aspirations vitales seront appelées à migrer pour s’épanouir. Bien-sûr, l’affreux cauchemar rationaliste qui avait jadis montré sa figure en public continuerait toujours de venir le hanter par divers attentats détestables, mais s’étant retrouvé au pays des merveilles, l’homme occidental totalement hypnotisé par la proposition d’un faux semblant pouvait maintenant tout à fait faire face aux crises les plus vertigineuses sans se laisser abattre. La « folie de Disney » avait rendu son monde libre et pouvait donc faire chuter le dernier mur le séparant de la réalité.

Tenant fermement à rester dans la limite du raisonnable, le digne héritier de la modernité n’est que poussière sans porte de sortie à son funeste destin, mais réfugié sur une parcelle de foi au ratissement totalement artificiel, l’homme post-moderne peut finalement garder le sourire comme si tout allait bien: n’ayant plus toute sa tête, il n’était plus effrayé de croiser sa tombe.

Un bon résumé?

Comme pour Nicolas, le synopsis est le même après relecture : malgré un caractère bien trempé le poussant à s’élever contre les plus sévères autoritées, l’homme autonome finalement contraint d’accepter son triste sort apparaît comme mort car démis de toute espérance. Mais forte heureusement il découvre qu’il peut ressusciter et retrouver le goût de la vie en fermant les yeux à la réalité pour s’envoler dans une bulle protectrice enfantine bien éloignée de la triste condition admise en tant qu’adulte. Tel est le diagnostiquable état bipolaire vers lequel aura finalement dégénéré la pensée occidentale, tout comme celle de Nicolas.

Enfin, dernièrement, il semblerait que nous ayons été les heureux spectateurs de la toute dernière représentation de cette tragédie en cinq actes, en pièce réduite toutefois: c’est « l’Humaniste » interprété par les gilets jaunes. Fondant sa pensée sur l’autonomie de la raison, le mouvement connaîtrait le même sort.

     I. Un départ fracassant

Se replaçant en position de meneur sur une surface encore peu appréhendée, le mouvement des gilets jaunes eût la voie libre pour se projeter haut en couleurs dans ses débuts.

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Ne se confiant qu’en ses propres ressources sans prise en compte des limitations, rien ne semblait pouvoir freiner les fières allures du mouvement rempli d’espoir pour son avenir.

     II. Un virage bien négocié

Puis, face aux avancées parsemées de premières difficultés, le mouvement au repère rationel dut revoir ses ambitions en empruntant une trajectoire différente.

Si le remplissage des axes routiers n’aboutit pas à la richesse escomptée, une main mise sur la capitale traça une perspective de possession satisfaisante: feu vert pour les gilets jaunes!

     III. Une violence requise

Seulement voilà, les gardiens de la raison toujours mieux organisés sont là pour jouer les rabats joies.

Les pèlerins intimidés voient leur quête de sens stoppée nette: ce sont les forces de l’ordre qui dictent la sombre marche à suivre.

Mais se refusant à ternir dans les rangs, le mouvement ralenti cherchera tous les moyens de manifester la portée réalisable de sa liberté pour prétendre à de meilleures conditions.

Ranimé par le feu émanant d’un leader, la faction hors-la-loi du mouvement fonde ses dernières revendications de pouvoir sur un acte de délinquance sans queue ni tête.

     IV. Une repression attendue

Malheureusement, le règne ne sera que de courte durée. Le camp de concentration rationnelle enfin présent sur tous les fronts n’avait plus qu’à refroidir les ardeurs en perte de soutien.

L’heure est venue pour le dernier résistant de saluer son triomphe écourté et de faire face à sa lourde peine.

Dès lors, le rationalisme destructeur s’accaparait toute la superficie pour dévoiler son unique conception légitime de la réalité.

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Les dernières lueurs d’espoir disparaissent broyées sous l’occupation d’un modèle mécanique.

      V. Un échappatoire démentiel

Mais qu’est ce que!? Les gilets jaunes s’étaient bien fait écrasés, pourtant, les voilà repartis de plus belle! Bien-sur, la mode vestimentaire avait changée : la liberté fut réendossée au prix d’un déchirement.

Du côté de la raison, l’être humain n’est rien de plus qu’une machine, mais reconduit sur le pan d’une foi superficielle, l’humain robot peut alors se parer sans mal du tissu de mensonge de son Pays imaginaire : il avait perdu tout souvenir de bon sens.

Avec cette nouvelle parade stratégique, le mouvement pouvait de la sorte se perpétuer à long terme, néanmoins le développement de la pensée s’arrêtait ici. Même élan, même course, même sortie de route.

Un échec et mat prévisible.

Revenons maintenant sur l’erreur fatidique à laquelle seront arrivées ces pensées dialectiques en concentrant leur stratégie sur l’autonomie de la raison :

  1. Que le plateau directement perceptible de notre monde et ses lois biens carrées constituent la seule règle de la réalité à partir de laquelle définir le pion que nous représentons.

Or,

Il est vrai que notre univers comporte tout un tas d’éléments se situant à notre portée, et il est tout à fait légitime de chercher à les manipuler afin d’organiser la classification la plus représentative de la réalité. Pour autant, assembler toutes ces pièces disponibles les unes avec les autres n’implique pas qu’il faille considérer le tout obtenu comme l’unique puzzle pouvant reconstituer notre identité.

S’arrêter à ce terrain, se contenter des conditions apparentes que nous pouvons observer dans notre environnement pour établir rationnellement qui nous sommes, c’est prendre une décision arbitraire à partir d’un aperçu limité. C’est s’engager à échafauder une structure inévitablement réductrice de la réalité, qui par ses lacunes, ne saura trouver de place habitable à nos aspirations intérieures surpassant toutes mesures quantifiables. C’est la ruine assurée.

C’est pourquoi les bonnes manières doivent nous amener à reconnaître que, bien loin de devoir partir d’elle même pour n’en faire qu’à sa tête, notre pensée doit trouver le gage de sa réussite à partir d’un maître plus expérimenté qu’elle même, d’un médiateur possédant le recul nécessaire pour comprendre la complexité de sa situation et pouvant alors lui seul apporter une entente cordiale entre l’infinitée innée de son vœu et la réalité. Un angle de vue surpassant notre altitude se révèlait donc indispensable pour nous instruire du passage obligatoire par lequel passer pour nous élever correctement. Et s’il est vrai que l’homme naturel n’était pas en mesure d’accéder à cet intouchable sommet pour le vérifier par lui même, cela ne justifiait en rien l’attitude selon laquelle il devrait s’en passer par défaut: avec la vue si faiblissante qu’était la sienne, il n’irait que droit au mur.

Le secret de fabrication d’une pensée bien huilée : un vœu surpuissant alimenté par un carburant spécialement conçu pour faire rouler le tout.

 

Ayant malheureusement suivi la voie de l’autonomie, notre école nous enseigne aujourd’hui que nous ne sommes que des produits dérivés de la nature, dans un arbre évolutif sans but, exempt de finalité, et cette mauvaise leçon est responsable de la plupart des fruits toxiques que l’homme occidental a plus porté en une poignée d’années que tout au long de son histoire. Pourtant au plus profond de nos racines se trouve une soif identitaire débordante qui n’est pas la récolte de valeurs inculquées, mais bien la graine d’un instinct naturel sans lequel nous ne pouvons croître convenablement. Si l’homme occidental n’a pas su trouver d’emplacement rationnel à cette intense couleur devant son paysage assombrit de la réalité, la vision panoramique de la Bible nous apprenait quant à elle que ce vœu propre à l’homme provenait de la réalité que nous sommes à l’image du Dieu nous ayant dessiné, et qu’il était par conséquent l’expression du besoin le plus primaire que nous possédons de continuellement garder forme et vitalité en lui seul. Héritage inestimable renié par notre désir d’user d’une planète palpable mais rapidement à court de ressources, nous nous trouvons toutefois incapables de combler le vide s’installant en nous en exportant notre avidité sur un sol fictif fournissant l’écran de lumière mais creusant toujours plus la marque de notre famine. Malgré tout cet endurcissement, la tendresse de l’Être que nous avions rejeté s’était présentée directement à nos pauvres mirettes aveugles pour subvenir à notre âme malade et affamée, et seul le pain de vie qu’il nous distribuait en sacrifiant son corps par amour se trouvait capable de nous offrir la réponse appropriée à l’appétit de soin que nous avons toujours fait entendre dès le premier souffle de respiration.

Nous considérons les promesses des Écritures comme des rêves d’enfants datant d’un stade primitif que l’homme aurait aujourd’hui dépassé, et traitons la résurrection de Jésus comme un conte de fée, mais oublions qu’accepter de vivre dans un univers dépourvu de sens implique aussi de se constituer un récit retravaillé : celui de notre personnalité, que nous tentons tant bien que mal de recouvrir de paillettes derrière un filtre arc-en-ciel que nous savons illusoire. La résurrection du Christ n’a rien de fantomatique quant à elle, et n’était pas là pour embellir la couverture d’un journal intime témoignant à l’intérieur d’une vie chaotique. Au contraire, elle se manifestait pour nous attester de manière tangible de la véritable matière existante de toute éternité hors de notre portée et nous donnait enfin l’appui solide sur lequel devait se reporter nos aspirations détournées pour trouver un soutien nous procurant grâce et paix à chaque instant. En prime, par l’authentique métamorphose qu’elle déployait à la sortie du tombeau ouvert, la résurrection de notre Dieu incarné assurait une espérance d’envol identique à ceux qui se confiaient en lui, un épanouissement définitif qui n’est pas pour cette saison toutefois, mais pour celle qui est à venir.

Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?… (Jean 11:25-26)

A travers l’appel inouïe de Jésus-Christ, l’information capitale dont nous avions besoin pour notre itinéraire de vie s’était rendu audible jusqu’au quai de notre monde, et permettait alors d’embarquer en voiture tous nos espoirs de vie et de sens avec le bagage de la raison. Malgré cela l’homme occidental l’a supprimé pour suivre son propre chemin de fer, aussi ne s’est-il heurté qu’à une impasse accidentelle l’obligeant à basculer sur la rame de la folie pour retrouver un semblant de bonheur à son triste aller simple vers la pire des destinations. Sur ce contraste, il ne nous reste donc qu’à conclure: le Christ nous a offert sa résurrection, l’humaniste anti-Christ nous a montré la sienne qui n’est que contrefaçon frauduleuse. Une seule se veut rationelle, une seule se veut véritable, une seule veut éternelle. A laquelle souhaitez vous vraiment participer?

Faites votre vœu.

4 comments

  1. La plume est belle, les deux premières parties détaillant le court métrage et les dernières évolutions paradigmatiques de la société occidentale sont bien instructives et appuyées. Cependant la section consacrée aux gilets jaunes me semble superflue. Elle n’est pas vraiment développée, et de ce fait elle manque de pudeur. Si Cyprien se livre, ( ou livre sa vision de la vie contemporaine), si les penseurs mentionnés ont beaucoup écrit, il est aujourd’hui difficile de cerner le mouvement des gilets jaunes qui brille par sa diversité. Le caricaturer, c’est le déshumaniser, et lui faire perdre tout intérêt pour cet article. Les intitulés des actes du court-métrage ( Renaissance au lieu de naissance pour le premier par exemple) semblent aussi forcer un tout petit peu pour correspondre aux actes de l’évolution de l’  » Homme occidental ». Si je relève cela, c’est pour dire que l’idée principale de l’article en elle même est suffisamment intéressante et ne nécessite pas d’en faire plus que le parallèle entre les deux premières parties au risque de perdre en crédibilité. En effet, il semble que l’homme en tant qu’espèce ou en tant qu’individu, cherche toujours à élaborer les croyances qui servent au mieux ses intérêts en réaction à son contexte. Un de mes professeurs avait dit un jour : si une croyance devient un handicap, il faut s’en débarrasser. Au fur et à mesure que ses savoirs et expériences s’accumulent dans tel ou tel domaine , il trouve plus de justifications pour satisfaire ses désirs et crée des cadres adaptés pour cela. Ce biais évident est donc un handicap certain dans sa quête pour la vérité, si du moins il est engagé dans une telle quête.

  2. Excellent ! Juste une petite coquille, ce n’est pas du tout le 1er court métrage de Cyprien, il en a fait beaucoup d’autres avant celui-ci.

    1. Merci David 😉 En fait si c’est le premier court métrage qu’il réalise en entier, il le précise dans son commentaire. C’est ça que je voulais dire, mais merci je préciserai.

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