« Fais un vœu » : la tragédie d’un homme, et d’un Humanisme

– par Quentin L.

Le célèbre youtubeur Cyprien a récemment réalisé son premier court métrage en entier, intitulé « Fais un vœu ». Or, au delà de la prestation technique du jeune comédien, cette petite bobine de 7mn nous projette la pellicule d’un individu sans grande portée, mais dont les pensées qui défilent se trouvent reproduire la copie d’un bien plus long métrage.

Devenu l’un des principaux médias de notre siècle, devançant même la littérature et la télévision chez la nouvelle génération, YouTube se voit petit à petit devenir le grand hall d’exposition des artistes de notre temps. Aujourd’hui, nous nous pencherons donc sur une oeuvre de Cyprien aux allures d’une véritable tragédie de l’ère numérique, dont la thématique (les choix de vies et espérances) nous aidera à mettre le doigts sur le fil conducteur de notre civilisation.

Partant du motif suivant lequel l’homme génère dans sa pensée des aspirations identitaires qui ne demandent qu’à se concrétiser, Cyprien nous fait suivre à travers l’évolution de son personnage, Nicolas, différents épisodes durant lesquels ces rêves doivent entrer en dialogue avec un autre motif : la réalité. A cause des nouvelles règles qui s’introduisent progressivement à la table de Nicolas, on observe ainsi à chaque tour la survenue de changements dans la manière dont se présentes rêve et réalité dans sa pensée.

Ce jeu de rôle entre rêve et réalité constitue l’intrigue principale sur laquelle repose la structure de cette tragédie miniature, et c’est donc par elle que nous en ferons le récit.

Du rêve à la fiction

Acte I. La Renaissance

Le déroulement de la pièce débute un jour très spécial. Invoqué au centre de l’arène, notre jeune Pokémon se prépare à dégager toute sa charge d’électricité. Relevons pour commencer que Nicolas dévoile en lui la présence de puissantes espérances qui se manifestent sous la forme d’aspirations identitaires. Et ce qu’il nous faut de plus remarquer, c’est l’autonomie de la raison par laquelle prennent corps ces aspirations : les rêves de Nicolas sont des combinaisons mises en places selon ses propres capacités. 

A ce stade initial, les deux motifs rêve et réalité de la pensée de Nicolas se présentent autour de la table intimement liés en partage d’un même but. Préservé des mauvais tours, les aspirations intérieures du petit garçon peuvent incarner le type recherché tout en se nommant de manière réaliste. Nicolas voit donc son évolution à grande échelle et aucun monstre ne semble pouvoir échapper à sa capture. Mais ce n’est encore que les premiers pas de l’aventure. Passons maintenant à la casquette suivante.

Acte II. La Modernité

Nous voilà à l’adolescence, et de nouveau, nous entrons dans l’univers du garçon. Sauf qu’entre temps, Nicolas à échangé avec le milieu qui l’entoure et en fut affecté. Notons maintenant certains posters qui se décollent du mur de sa chambre. Car si ses aspirations identitaires suivent de nouveaux symboles, elles jettent toujours un regard réaliste sur le futur. Le voilà donc dans le devoir d’accorder ses rêves aux courants alternatifs qui s’affirment devant lui.

 

A ce stade, le motif de la réalité commence à prendre du recul vis à vis du rêve et instaure une atmosphère tendue dans sa pensée. Suite à la lecture des conditions d’embauches, certaines exigences se révèlent dépasser ses talents. Cependant, la réalité n’étant pas encore restreinte aux seules disciplines reconnues, un jeu vidéo se découvre toutefois en avant première et propose un contrat à son niveau. La partie se trouve donc bien jouée, et suivant cette configuration astucieuse, Nicolas peut regarder vers l’avenir avec optimisation!

Acte III. La Révolution

Partie 1:

Nous arrivons alors au seuil de promotion critique du cursus de Nicolas. Sous le stress d’un sur mesure rationalisant, les matières étudiées sont étreintes des mains comme la seule évaluation de la réalité, au dépens du rêve. Dans ce bureau réduit à une attaché-case, toutes innovations accordant à l’homme un poste unique sont qualifiées d’irréalistes, et sont priées de prendre la porte.

  

A ce stade, le motif de la réalité resserré jusqu’au coup interrompt finalement toute entretien possible avec le rêve. L’autodidacte n’est plus soutenu et par en dépression, le patron rationnel dirige et ne paye pas le loisir. C’est la cravate qui dicte le code du travail.

Partie 2:

Toutefois, le voyageur déboussolé ne perdra pas le nord et ira jusqu’à employer les gros mots pour faire valoir son mode de vie. Sollicité par ses promesses, Nicolas suivra jusqu’au bout du monde son caractère réaliste. Le code vestimentaire du rêve avaient su obtenir un avis favorable. Mais s’imaginant prolonger sa liberté par la texture de ses cheveux, l’aspiration identitaire de Nicolas marquait pourtant le globe de ses dernières empruntes…

Acte IV. La Dictature

Sans grande surprise, il ne reste plus aucune chances aux aspirations de Nicolas à la manche suivante. Tenter le coup de poker pour remporter la mise d’un idéal perdu d’avance n’avait été qu’endettement inutile, et le gain illusoire. A découvert sur son compte, le rêve fut poursuivi sans relâche et contraint de mettre fin à ses escapades. La débâcle solitaire de Nicolas ne pouvait se prolonger indéfiniment au côté d’une union en pleine émergence, cette dernière se chargeait maintenant de faire fondre toute la couche de surplus.

 

A ce stade, le motif du rêve n’avait pas su maintenir son campement face aux derniers investissements de la réalité : le monopole identitaire s’était vu relégué à une corporation matérialiste, employant toutes aspirations à ses services. Seules demeuraient des productions dans lesquelles Nicolas n’était plus qu’une machine de la société, programmée à maintenir l’ordre immobilier et le progrès économique. Ne pouvant garantir la prospérité de ses espérances dans de telles chaînes, notre ami exprime alors sa démission. Sa bougie change de propriétaire sans délais, son assurance ne couvre plus son visage, le petit être jaune que nous avions connut plein d’énergie était mort de désespoir.

Acte V. La Libération

Mais que voilà ? Une bonne nouvelle s’était préparée pour son intervention ! Un bébé est amené en soin intensif et comme par miracle, toutes les aspirations qui s’étaient arrêtées de battre les unes après les autres se voient maintenant réanimées à la vie ! Nicolas était mort, le voilà ressuscité !

Mais comment était-ce possible ? Quelque chose avait changé. Si l’apport d’une descendance donna l’électrochoc à l’origine de ce nouveau souffle d’espoir, le point vital ici, c’est le changement de nature opérée dans le rêve lui même, permettant de le réhabiliter. En effet, durant les altercations précédentes, jusqu’au dernier soupir les aspirations identitaires du jeune homme se défendaient réalistes face à l’opposition, mais ici le combat a déjà été perdu. Si Nicolas retrouve les sourires enthousiastes de ses débuts, ce n’est donc plus tel un enfant qui croit encore naïvement en ses rêves, mais tel un adulte qui, après avoir rationalisé la réalité et subit son dictât, se résoudra à leur assumer un éclat fictif.

Ainsi, le motif du rêve s’étant fait mettre en quarantaine dans la pensée de Nicolas, le sacrifice de la raison lui offrit un échappatoire en ouvrant la fenêtre de l’ultime motif sans restriction de la fiction. D’une vue d’ensemble aux horizons réalistes, nous basculons vers une projection aux angles délibérément surréalistes. Confortablement installés autour d’une même foi aveugle, le poste rationnel était donc prié de ne plus déranger, car c’est dans le cadre d’une émission aux ondes imaginaires que Nicolas diverti son identité désormais. Par conséquent, tous ses avatars pouvaient présenter des traits exagérés, voire totalement absurdes : ils n’étaient plus soumis au plafond de la réalité. La toile de Spider-man l’avait rendu libre.

 

Nicolas, au-delà de la fiction

Quelle symphonie pleine de revirements ! Et quel final. Mais maintenant que nous avons assisté au concert de pensées que Cyprien nous a orchestré de son personnage, nous ne pouvons nous empêcher de noter que sa portée dépasse la gamme d’une simple partition composée de toute pièce.

Cette tragédie classique en cinq actes nous conte l’histoire de ce cher Nicolas, mais nous raconte l’Histoire d’un personnage au destin bien réel : celle de l’Homme occidental. La mise en page de la pensée de Nicolas fait office d’illustration pour le texte mis en forme par la pensée Humaniste. En effet, ce jeu de rôle entre rêve et réalité n’est pas sans rappeler celui qui aura poussé notre civilisation dans des décors similaires. En fait, les motifs sont les mêmes mais autour d’une table de taille différente. Faisons en la narration.

Acte I. La Renaissance

Tout comme Nicolas est d’abord placé à la vue de tous les regards, l’Humanisme qui s’élance lors de sa Renaissance tire son origine d’une propulsion à la tête de tous les projets. Fondé sur l’autonomie de la Raison, cette équipe manifesta dans ses premières esquisses l’ambition de bâtir une structure rationnelle au sein de laquelle ses aspirations identitaires pourraient s’épanouir éternellement. Léonard de Vinci concevra la maquette aux proportions universelles de cet état d’esprit initial.

Plantant son nombril comme le centre autour duquel s’étend le tracé de l’Univers, l’Homme de la Renaissance planifie son édification en se réfléchissant comme le cadre de toute mesure.

Aussi, comme pour Nicolas, les deux motifs rêve et réalité de la pensée occidentale se présentèrent sur le papier parfaitement superposés en partage d’un même dessein. Explorant les quatre coins de son potentiel intérieur, ses aspirations démesurées pouvaient s’exprimer jusqu’au plafond tout en adoptant une posture réaliste.

Dans sa genèse, l’Homme de la Renaissance n’est pas créé à l’image de Dieu, c’est « Dieu » qui est enveloppé dans l’image de sa liberté créatrice.

Acte II. La Modernité

Puis, comme Nicolas, la pensée Humaniste se confronta au monde qui l’entoure et en fut affecté. Face aux mur du réel qui apparut dans son champ de vision, le mouvement dut réajuster ses rêves à l’axe spatial pour les faire converger dans la direction souhaitée : c’est l’avènement de la méthode cartésienne aux dimensions universelles.

Concentré dans l’invisible de sa pensée, l’Homme cartésien ouvre symétriquement les yeux au monde visible pour focaliser son attention dans le bon sens.

Aussi, comme pour Nicolas, le motif de la réalité commença à prendre ses distances vis à vis du rêve et émit des doutes perceptibles dans la pensée occidentale : suite à l’observation des astres, la position de prestige originelle se révélait dépasser les bornes. Cependant, la réalité n’étant pas encore restreinte à la seule portée optique, l’estimation de l’Homme en tant que Maître de la nature proposa un croisement équitable. Le calcul se trouvait donc opérationnel, et suivant ce profil esthétique, l’optimisme était de rigueur pour un homme plongeant dans les eaux de sa modernité.

Sous le compas d’Isaac Newton, l’homme moderne gonflé à bloc appuie sa domination jusque dans les fonds marins.

Acte III. La Révolution

Partie 1:

Nous franchissons alors le seuil de profondeur critique du parcours Humaniste. Sous la pression d’une force rationaliste, les lois de la nature expérimentées sont comprimées comme le seul ancrage de la réalité, au détriment du rêve. Dans cette réunion réduite à un comité d’enquête, toutes pistes attribuant à l’homme un mandat unique sont jugées sans preuves, et doivent être écartées : c’est l’avènement des Lumières aux prétentions universelles.

Ayant mis la main sur le suspect, la Philosophie et la Raison jouent les détectives et se servent des pièces à conviction pour lever le voile sur le mystère et découvrir la Vérité.

Ainsi, comme il en fut pour Nicolas, le motif de la réalité réglé à son éclairage maximum cessa finalement toute collaboration entreprise avec le faisceau du rêve. Faisant appel au métier, le prisme naturaliste se pointe pour l’autopsie et décompose l’homme en un spectre dénué de toute lumière blanche. C’est la partie adverse qui fait valoir son encyclopédie auprès du juge.

Partie 2:

Toutefois, le bas peuple dépouillé ne se laissera pas coffré et ira jusqu’à sortir les armes pour plaider le vol de sa dignité. Renforcé par un contrat social étayé par l’avocat du diable Jean-Jacques Rousseau, le banc des accusés revendiqua jusqu’au dernier coup de marteau le passe droit naturel de sa Liberté. C’est la défense qui fait son entrée dans la cour pour obtenir gain de cause.

Parvenu à son temps Fort, l’Homme Révolutionnaire met le feu aux poudres pour se débusquer un alibi résistant à tous les assauts.

 

Soutenu à la barre légendaire par le témoignage d’un calendrier attitré, la Sagesse brûle tous les soupçons et réattribue à l’audience le rayonnement d’un Etre Suprême.

 

A l’issue du procès, le peuple blanchi plante un arbre au point culminant de son ascension pour marquer le pic de sa Liberté.

Acte IV. La Dictature

Malheureusement, comme Nicolas cet étalage ne fut que fumée et la fête de courte durée pour l’Homme révolutionnaire. Le courant naturaliste le rattrapa et l’envoya derrière les barreaux d’une mine où tout s’écroule subitement. Comme Nicolas, l’Humanisme verra l’indice de sa révolution disparaître dans un océan de condensation rationnelle mettant à l’épreuve toutes ses prétentions contre l’unique loi glaciale de la nature : c’est l’avènement du positivisme scientifique d’Auguste Comte aux répercutions universelles.

Délimité au niveau des racines, l’arbre de la « liberté » ne repose plus que sur l’ordre des sciences positives et le progrès qu’elles peuvent lui fournir.

Ainsi, comme pour Nicolas, le motif du rêve n’avait pas su maintenir son drapeau face à la dernière banderole de la réalité. Les pleins pouvoirs furent remis au guide approprié aux circonstances qui ne laissait plus aucun espace vital aux aspirations hors-frontières. Dans cette prison à ciel ouvert, l’homme n’était plus qu’un amas d’atomes parmi les autres éléments de son unité, un cerveau à laver, une force de la nature à perfectionner, une race à faire dominer.

A la suite d’un arc de Triomphe maintenant terminé, le défilé à sens unique « ordre et progrès » met en marche l’expansion qui lui succède.

Ainsi l’Humanisme rêvait de hauteur, il s’achèvera sur la touche amère de son suicide plus bas que terre. Comme Nicolas, sa dernière bougie d’anniversaire s’éteignit mais il ne la souffla pas. L’Homme avait vu dans l’autonomie de la Raison sa Renaissance, il y avait maintenant trouvé la mort.

Acte V. La Libération

Mais que voilà ? Une bonne nouvelle était enfin annoncée! Ce n’était pas terminé ! Et non, car bien que la dictature se déployait encore froidement dans la pensée occidentale, et qu’une onde de choc brûlante en faisait l’écho tonitruant, comme Nicolas, l’Homme vit renaître dans sa descendance un espoir retentissant : au bruit d’un baby Boum, toutes ses aspirations initiales se sont vues ressuscitées!

En route vers le décollage imminent.

Mais attention, si dans le format les apparences restèrent semblables, dans le contenu les règles du jeu avaient changé du tout pour le tout : l’homme dut y perdre la raison. L’Humanisme rationaliste fut mis au tombeau, mais c’est l’Humanisme existentialiste qui en est ressorti. Nommons Jean-Paul Sartre au commande de cet envol aux envergures universelles. L’Homme occidental retrouva donc les proportions ambitieuses de ses débuts, mais comme Nicolas, ce n’était plus tel un enfant qui croyait encore naïvement en ses rêves, mais tel un adulte qui, après avoir rationalisé la réalité et subit son dictât, se résoudra à leur assumer une architecture fictive.

Menacé par ses branches extrémistes, l’homme en péril découvre dans la forteresse de son imagination un asile protégé contre toutes les attaques.

Ainsi, comme Nicolas, le motif du rêve ayant perdu pied sous la surface de la réalité, le sacrifice de la raison lui offrit une bouée de sauvetage en ouvrant l’accès à l’ultime motif inviolable de la fiction. Désormais, les aspirations identitaires ne seront plus retenues derrière un rideau de fer, elles se réfugieront dans un bloc coupé de la réalité, mais au moins, elles pourront s’exprimer, ou plutôt, l’homme pourra perdurer à travers la fantasie qui les recouvres. Bien-sûr, la zone de détention rationnelle demeura toujours localisé sur un petit coin de la carte pour lui rappeler le désastre qui le percuta en pleine altitude, mais s’étant retrouvé aux pays des merveilles, l’Homme occidental pouvait maintenant tout à fait se remettre de sa chute libre et faire face à la crise devant lui. La « folie de Disney » avait rendu son monde libre.

Sur le sol de la raison, l’homme moderne n’est que poussière, mais l’homme post-moderne à trouvé la solution pour lui sourire sur un fond uni : sur le sol d’une foi artificielle, il ne figure plus sur le même terrain.

La morale de la pièce ?

L’homme est mort mais peut ressusciter à travers l’identité imaginaire de sa subjectivité, tel est l’estuaire vers lequel aura débouché le cours de la pensée occidentale, et tel est le canal de pensée que nous avons retraversé au débit de Nicolas.

Enfin, plus récemment, cette même pièce de tragédie en cinq actes s’est représentée à nouveau sous une composition réduite: c’est l’Humanisme interprété par les gilets jaunes.

     Acte I. La Renaissance

Prenant ses marques de départ dans son propre code sans tenir compte des règles voisines, le mouvement des gilets jaunes eût dans son premier virage la voie libre pour porter ses aspirations identitaires hautes en couleurs.

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Sans arrêt prévu pour les passants, aucun obstacle ne semblait pouvoir freiner le mouvement au moteur en pleine Renaissance.

     Acte II. La Modernité

Puis, face aux voyants du tableau de bord, le mouvement au repère réaliste dut décrire une courbe s’inscrivant dans la lignée de ses perspectives.

Si le blocage des axes routiers encercla un périmètre surdimensionné, le gouvernement de la capitale traça un rond point abordable : feu vert pour la modernité !

     Acte III. La Révolution

Partie 1:

Seulement voilà, la sécurité du rationalisme poussée dans ses limites finit par faire barrage à l’avancé du mouvement.

Les gilets jaunes voient leurs rêves stoppés net et remis sur les rails : c’est l’unité de force mobile qui annonce sa couleur.

Partie 2:

Cependant, entraîné dans la course aux combustibles approvisionnés par les équipements des casseurs, le mouvement ralenti manifesta jusqu’au premier plan la portée réalisable de sa Liberté.

Muni d’un arc à son dos, le rêve en stationnement élève sa nation sur des prétentions en pagailles.

     Acte IV. La Dictature

Malheureusement, le camp de concentration rationnelle établi revint inévitablement à la charge pour mettre fin à toute tentative d’évasion.

L’heure est venue pour le rêve de dire au revoir à son Triomphe et de lever les mains pour son exécution prochaine.

Dès lors, le rationalisme destructeur possédait toute la trajectoire pour imposer ses manœuvres comme unique véhicule de la réalité.

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Une dernière lueur d’espoir se dissipe broyée sous l’Occupation du blindé « ordre et progrès ».

      Acte V. La Libération

Mais qu’est ce que!? Les gilets jaunes s’étaient bien éteints, pourtant, les voilà ressuscités! Bien-sur, la mode avait changé : la Liberté fut réendossée au prix d’un déchirement.

Sur le pan de la raison, l’homme n’est qu’un robot, mais sur le Pan d’une foi superficielle, l’homme robot peut encore se revêtir de la conception identitaire de son Pays imaginaire.

Sur cette bonne nouvelle, le mouvement pouvait de la sorte se perpétuer à long terme, néanmoins le spectacle s’arrête ici. Même point de départ, même cheminement, même aboutissement.

Un échec et mat prévisible

Revenons sur les prises de positions qui poussent systématiquement la stratégie humaniste à sa défaite:

  1. Que la raison humaine peut se débrouiller de manière autonome,
  2. Que le monde perceptible et ses lois constituent la seule règle de la réalité.

Maintenant:

Il est vrai que notre monde comporte tout un tas d’éléments se situant à notre portée, et il est tout à fait légitime de chercher à les manipuler afin d’organiser la classification la plus représentative de la réalité. Pour autant, assembler toutes ces pièces disponibles les unes avec les autres n’implique pas qu’il faille considérer le tout obtenu comme l’unique puzzle définissant notre vie et reconstituant notre identité.

S’arrêter à ce terrain, se contenter des conditions apparentes que nous pouvons observer pour établir rationnellement toutes les propriétés de notre vie, c’est prendre une décision arbitraire à partir d’un aperçu limité. C’est s’engager à construire une bâtisse inévitablement réductrice de la réalité, qui par ses lacunes, ne saura faire face aux intempéries s’annonçant au delà de notre superficie. C’est la catastrophe assurée.

C’est pourquoi la raison doit nous amener à reconnaître que, bien loin de pouvoir délibérer par elles-mêmes, les lois de la nature doivent trouver leur décret dans une instance supérieure, une autorité présidentielle qui les promulgues et qui elle seule donne un programme à toutes ses manifestations. Une réunion au Sommet surpassant notre altitude se révèle donc indispensable pour garantir une prévision rationnelle à toutes les excursions de notre vie. Et s’il est vrai que l’habitant n’est pas apte à s’y rendre par lui même, cela ne justifie en rien l’attitude rationaliste selon laquelle il doit s’en passer par défaut : un plateau intermédiaire est toujours proposé pour parvenir aux bulletins météos…

Le secret d’une restauration réussie : un assaisonnement rationnel mais non rationaliste

Quel verdict devons nous alors donner à la préparation de notre civilisation en fin de dégustation ? Son plat désastreux est il irrattrapable ? Sommes nous condamnés comme la température ambiante à devoir admettre l’irrationnel comme la seule table à laquelle peuvent trouver place nos appétits identitaires ? N’y a-t-il pas un autre banquet capable de donner une assiette rationnelle à ces besoins, et surtout de les nourrir rationnellement ?

Certes, par les scènes envoûtantes sans limites d’accès à travers lesquels l’homme est appelé à exciter sa routine, l’ultime motif identitaire crypté par notre civilisation met à disposition un scénario qui peut séduire à premier coup d’œil, mais derrière cette infinité de plateformes, la plastique reste malheureusement vide d’humanité, additive dans l’ombre de la réalité admise.

Notre école nous enseigne que nous ne sommes que des produits dérivés de la nature, dans un arbre évolutif sans but, exempt de finalité, et ce mauvais suivis est responsable de la plupart des fruits toxiques que l’homme occidental a plus porté en une poignée d’années que tout au long de son tronc historique. Pourtant au plus profond de nos racines se trouve une soif identitaire qui n’est pas la récolte d’un apprentissage, mais bien la graine d’un instinct naturel sans lequel nous ne pouvons croître convenablement. Si l’homme moderne n’a pas su trouver d’emplacement rationnel à cette inspiration face à son paysage réduit de la réalité, la toile narrative de la Bible expose quant à elle que cette impression propre à l’homme à toute sa place dans l’éventail des couleurs, et provient du détail que nous sommes la signature finale d’un artiste dépassant le cadre du tableau, et que par conséquent elle retranscrit le besoin que nous avons d’être calqué sur son Nom pour bénéficier de tous ses droits d’auteur. Privé de ce stock par une clientèle qui en a liquidé la réalité, nous transportons nos cartes de fidélité vers des boutiques de notre propre couture qui ne peuvent remédier à la nudité qui s’est installée sur notre âme. Malgré tout, un foyer d’accueil s’est bel et bien ouvert pour subvenir gratuitement à cette pauvreté, et seule ses grandes tailles se trouvent capable de nous couvrir du soin approprié par nature au besoin d’attention que nous avons toujours manifesté de manière innée.

Nous considérons les promesses des Écritures comme des rêves d’enfants datant d’un stade primitif que l’homme aurait aujourd’hui dépassé, et traitons la résurrection de Jésus comme un conte de fée, mais oublions qu’accepter de vivre dans un Univers dépourvu de sens implique aussi de se constituer une Story fictionnelle : celle de notre personnalité, que nous essayons de rendre vivante derrière un filtre surajouté illusoire. L’apparition du Christ à sa liste d’amis ne se présente pas comme fantomatique quant à elle, et ne s’aventure pas à nous vendre un journal intime permettant d’échapper aux nouvelles d’un monde sombrant dans le chaos. Au contraire, elle vient nous éclairer sur la signification des événements dramatiques qui se trament à notre fenêtre et nous conjure de lui ouvrir la porte d’une manière pleinement rationnelle. Plus encore, par le contact qu’elle permet de rétablir à la suite d’une émancipation prématurée, la visite du Fils bien aimé à l’adresse de notre géniteur nous fait retrouver avec joie ce Père absent dont nous avons toujours éprouvé le manque et nous invite à renouer le lien avec lui, non pas à distance toutefois, mais dans une relation de proximité, par son Esprit d’adoption et sa Parole écrite qui nous en certifient la filiation. Enfin, par l’oeuvre de métamorphose dont la tombe vide constitue la première chrysalide, la nouvelle enveloppe corporelle du Dieu incarné assure une espérance identique à ceux qui appartiennent à son espèce, un épanouissement définitif qui n’est pas pour cette saison toutefois, mais pour celle qui est à venir.

Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?… (Jean 11:25-26)

Par l’appel au microphone de Jésus-Christ, le quai de départ dont nous avions besoin s’était fait clairement entendre, et permettait alors d’embarquer en voiture toutes nos aspirations identitaires avec le bagage de la réalité. Malgré cela l’homme occidental l’a supprimé pour suivre son propre chemin de fer, aussi ne s’est-il heurté qu’à une impasse mortelle l’obligeant à basculer sur la voie de la folie pour retrouver une rame à la circulation de ses soins personnels. Sur ce contraste, il ne nous reste donc qu’à conclure: Dieu a proclamé sa Bonne Nouvelle, l’Homme autonome a proclamé la sienne. Une seule se veut rationnelle, une seule se veut véritable, une seule se veut vivifiante. A travers laquelle voulez vous vraiment vivre?

4 comments

  1. La plume est belle, les deux premières parties détaillant le court métrage et les dernières évolutions paradigmatiques de la société occidentale sont bien instructives et appuyées. Cependant la section consacrée aux gilets jaunes me semble superflue. Elle n’est pas vraiment développée, et de ce fait elle manque de pudeur. Si Cyprien se livre, ( ou livre sa vision de la vie contemporaine), si les penseurs mentionnés ont beaucoup écrit, il est aujourd’hui difficile de cerner le mouvement des gilets jaunes qui brille par sa diversité. Le caricaturer, c’est le déshumaniser, et lui faire perdre tout intérêt pour cet article. Les intitulés des actes du court-métrage ( Renaissance au lieu de naissance pour le premier par exemple) semblent aussi forcer un tout petit peu pour correspondre aux actes de l’évolution de l’  » Homme occidental ». Si je relève cela, c’est pour dire que l’idée principale de l’article en elle même est suffisamment intéressante et ne nécessite pas d’en faire plus que le parallèle entre les deux premières parties au risque de perdre en crédibilité. En effet, il semble que l’homme en tant qu’espèce ou en tant qu’individu, cherche toujours à élaborer les croyances qui servent au mieux ses intérêts en réaction à son contexte. Un de mes professeurs avait dit un jour : si une croyance devient un handicap, il faut s’en débarrasser. Au fur et à mesure que ses savoirs et expériences s’accumulent dans tel ou tel domaine , il trouve plus de justifications pour satisfaire ses désirs et crée des cadres adaptés pour cela. Ce biais évident est donc un handicap certain dans sa quête pour la vérité, si du moins il est engagé dans une telle quête.

  2. Excellent ! Juste une petite coquille, ce n’est pas du tout le 1er court métrage de Cyprien, il en a fait beaucoup d’autres avant celui-ci.

    1. Merci David 😉 En fait si c’est le premier court métrage qu’il réalise en entier, il le précise dans son commentaire. C’est ça que je voulais dire, mais merci je préciserai.

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