« Fais un vœu »: ou la fabuleuse histoire de l’homme ayant choisi d’écouter son cœur

par Quentin L.

Devenu l’un des plus populaires support médiatique de notre siècle, devançant même la télévision pour les dernières générations, YouTube se voit logiquement pris d’assaut ces dernières années par une multitude de petits malins non peu satisfaits de pouvoir trouver une rentabilité facile à leur pitreries.

Mais au delà de cette source de profit attrayante, par son caractère facile d’accès et son format adapté, YouTube se voit aussi devenir une nouvelle gallerie d’exposition pour les œuvres artistiques de notre temps. Ainsi, après avoir rencontré un franc succès en se contentant d’imiter nos gestes du quotidien, le tout drôle Cyprien change lui aussi de registre et nous promet enfin un court-métrage faisant appel à ses propres capacités scénaristiques. Pourtant, malgré la prestation talentueuse du comédien qu’il nous faut bien saluer, de surprenantes révélations pourraient nous attester qu’il ne s’agirait là que d’un simple plagiat.

Après une fouille rondement menée, nous pensons pouvoir affirmer que cette oeuvre à déjà été produite auparavant. Mais avant d’exposer la comparaison qui permettra à tous d’y voir un peu plus clair, glissons nous premièrement dans la peau du personnage dont Cyprien tient tant à nous faire la promotion.

Ainsi, partant du principe suivant lequel l’homme doit se réfléchir par lui-même pour définir qui il sera, Cyprien nous fait suivre à travers l’évolution de son personnage, Nicolas, différents épisodes lors desquels une aspiration de grandeur apparaissant dans sa pensée doit toutefois se frotter avec une autre modalité pour être validée: une représentation fidèle à la réalité. Or, avec les nouvelles données acquises progressivement au contact du monde, on observe ainsi au fil du temps l’apport de modifications dans la pensée du protagoniste, venant malheureusement diminuer peu à peu l’espérance de vie de son aspiration initiale jusqu’à un point de non retour puis enfin un dénouement final.

Ce dialogue intérieur entre vœu et réalité constitue la structure principale sur laquelle repose l’intrigue de notre histoire. Or, c’est bien justement dans son déroulement que nous pensons pouvoir être saisis d’un sentiment de déjà vu.

Revenons donc au début de la fête en l’honneur du petit enfant gâté, et décorticons plus en détail l’articulation des échanges au sein de sa pensée.

I. L’éveil de la conscience 

Tout commence lors d’un anniversaire. Placé au centre de toutes les attentions pour l’occasion, et ne faisant face qu’à lui même, notre jeune pokémon bouillonnant d’énergie est alors tenté de fermer les yeux pour laisser parler son cœur à sa place. Ce qu’il nous faut dès lors observer en assistant à la première réunion intérieure de Nicolas, c’est un potentiel créatif immense lui garantissant en apparence tous les plus extraordinaires devenir de sa personne.

A ce stade initial, la projection du vœu aspirant au grand ne fait littéralement qu’un avec sa représentation de la réalité, car dans un jeune esprit centré sur lui même, aucun obstacle n’est encore perceptible, et toutes les combinaisons apparaissent alors possible. Mais bien-sûr nous ne sommes qu’à la première étape. Passons maintenant à la prochaine.

II. La maturation adolescente

Au rendez-vous suivant, notons un certain changement dans la pensée de Nicolas. Car en effet, se trouvant désormais mieux exposé à son environnement, notre bon camarade se sent alors contraint d’incorporer les tendances du monde qu’il observe pour se projeter rationnellement. Malgré la venue de nouvelles alternatives électriques, tout n’est donc plus admissible dans sa pensée. 

 

A ce stade plus avancé, la représentation de la réalité développée davantage commence à se désolidariser des projections initiales en perte de crédibilité. Mais face à cette première tension, une légère rectification s’avère toutefois possible grâce à l’arrivé d’une vocation conciliante dans la pensée de Nicolas. Tout est donc encore jouable.

III. La loi de la rébellion

Malheureusement, les choses finissent par tourner au vinaigre. Car voilà, toujours plus nombreuses, les connaissances du monde de Nicolas finissent par être intégrées comme la source offrant un modèle strict à partir duquel se définir. Or, face à ce nouveau procédé, l’attache au divertissement de Nicolas est alors décrite sans avenir, et doit se reconvertir à l’étude la plus en règle.

  

A ce stade critique, la représentation de la réalité parvenant à maturité dévoile alors une compréhension incompatible avec le désir d’originalité inspirant encore la projection du vœu. Rationnalisme oblige, Nicolas doit se mettre au travail et oublier ses théories puériles.

Mais contre toute attente, un revirement inattendu à pourtant lieu dans la pensée de Nicolas. Car prêt à tout pour s’imposer victorieux, le parti du vœu menacé réagi violemment et fournit une ultime défense fondée le caractère unique de la Liberté pour reprendre l’avantage. Pas dupe mais tentée, la raison se laisse finalement convaincre.

IV. La loi du travail

La suite nous montre toutefois qu’une telle tentative était peine perdu. Après un moment d’entêtement, les idéaux planants de Nicolas n’étaient malheureusement pas parvenus à se maintenir face aux valeurs matérialistes implacables du camp adverse. Ces dernières sont alors intégrées dans la pensée de Nicolas pour déterminer en tout point les traits de son identité. 

 

A ce stade fatidique, la représentation de la réalité toujours plus étriquée arrivait à un point ou plus aucune aspiration de grandeur n’était permise. S’en était terminé du vœu de Nicolas, ironie du sort, la raison en laquelle tout espérance avait été placée avait fini par occuper le rôle de véritable bourreau.

V. La voie de la vie

Et pourtant, ce n’était pas encore la fin! Car voici, une heureuse nouvelle été apportée, et voilà que tous les vœux balayés de Nicolas s’étaient vus revenir en force!

Mais n’allons pas trop vite toutefois, car tout ne serait plus comme avant. Le point crucial qu’il nous faut souligner ici, c’est le changement de nature opérée dans le vœu lui même, permettant de le réhabiliter. En effet, c’est en adoptant une expression volontairement exagérée à ses projections que notre jeune père parviendra à s’échapper des codes de conduites réalistes dans lesquelles l’avait retenu sa raison.

A ce dernier stade, la représentation de la réalité ne pouvant plus admettre une quelconque espérance, c’est désormais dans un espace volontairement en rupture avec la raison que le vœu de Nicolas sera contraint de migrer pour prolonger son existence. Dès lors, notre ami aurait maintenant toute la place pour tisser avec enthousiasme les plus grandes absurditées : ayant finalement perdu la tête, le plafond de la réalité ne le retiendrait plus.

 

Nicolas, un personnage que nous connaissons tous.

Quelle histoire! Et quel dénouement des plus étranges. Mais maintenant que nous suivi les différents épisodes caractérisant le développement de pensée de notre cher Nicolas, nous ne pouvons nous empêcher de suspecter une corrélation avec les différents épisodes de développement d’une pensée bien plus célèbre. 

Notre ami Cyprien ne s’en doute certainement pas, mais curieusement, la même trame narrative pouvait en fait être décelée dans l’évolution de la grande pensée Humaniste occidentale, car cette dernière semblait être passée en tout point par les mêmes étapes paradigmatiques que celles auxquelles nous venons d’assister.

En effet, en se penchant sur l’histoire de notre civilisation, les deux auteurs à la pensée bien réformée Herman Doyeweerd et Francis Schaeffer ont aidé à mettre en évidence la présence d’une conscience collective unique animant le mouvement Humaniste et fonctionnant suivant le même principe de dialogue philosophique intérieur, de va et viens entre la projection d’un voeu aspirant au grand et une représentation de la réalité aspirant au vrai, cherchant tous deux à s’entendre et se compléter pour convenir d’une identité réjouissante de la personne humaine dans l’Univers.

Et si cette pensée dialectique à grande échelle semblait avoir suivie la même voie que celle de Nicolas, ce n’était pas un hasard. Car en effet, dans les deux cas, c’était le même présupposé de l’autonomie de la raison que nous pouvions retrouver comme axiome, comme si ce seul principe directeur pouvait sceller d’entrer de jeu la totalité d’une série de positions identitaires parties pour se succéder jusqu’à la dernière. C’est cette réalité fataliste caractérisant la vague de la pensée Humaniste que nous souhaitons maintenant mettre en lumière grâce à cette comparaison. Revenons donc maintenant sur les différents temps forts caractéristiques de sa course dont nous connaissons forcement déjà tous les tenants et les aboutissants.

I. L’éveil de la Renaissance

Tout comme les aventures du petit Nicolas ne débuteront que lorsque ce dernier choisira de rentrer en lui même pour s’envisager tout seul comme un grand, l’Humaniste occidental, pourtant au bénéfice d’un baptême lui enseignant d’avance qui il est, ne connaitra le début de son Histoire qu’en décidant de laisser de côté son instruction pour redéfinir les marqueurs de son identité en toute autonomie. Dès lors, comme Nicolas, c’est une source d’ingéniosité extraordinaire qui jaillira de son fort intérieur comme pour le flatter, et alors persuadé que cette capacité hors du commun le promettait à un grand avenir, l’Humaniste visionnaire se sentira pousser des ailes avant l’heure sur le papier en imaginant l’avènement d’une structure rationnelle en perpétuelle expansion au sein de laquelle ses nombreuses inventions toujours plus sophistiquées ne cesseraient jamais de le propulser dans une stature plus majestueuse. Nommé Architecte en chef de ce grand projet mégalomane, Léonard de Vinci en esquissera une maquette à l’échelle universelle.

Soulignant les perfections de son Sexe jusqu’à encercler le MOI comme la pièce maîtresse à partir de laquelle devrait se concevoir toutes choses, l’Humaniste charmé par sa singularité fondait la théorie du Big Bang à la première personne.

Pour ce premier temps fort généré par la proposition alléchante d’un effet miroir, comme pour Nicolas, la projection ambitieuse de l’Humaniste narcissique entrait à cet instant parfaitement dans le cadre de la réalité : s’appuyant sur une liste de proportions remarquables propre à le distinguer comme une merveille de la nature, tout semblait jusque là concourir pour le confondre avec celui qu’il nommait Dieu. Suivant cette tournure renversante rappelant curieusement le récit du péché originel, l’Humaniste nostalgique du mythe ne manquera pas d’illustrer son nouvel acte de transgression en beauté dans les quatres coins de son palais.

S’imposant dans un foyer qui ne le retenait plus pour y dépeindre sans complexe Dieu à son image, l’Adam Humaniste s’asseyant à la place du Créateur sous tous les angles venait de toucher une fois de plus au fruit défendu de son jardin secret : le potentiel trompeur de sa propre cervelle.

II. La maturation Moderne.

Puis, comme Nicolas, l’Humaniste un temps rassasié par sa fresque multicolore se décidera à sortir de sa zone de confort pour se confronter plus amplement au monde qui l’entoure. Face aux limites de l’espace se précisant toutefois dans son champ de vision, l’Humaniste raisonnable se verra alors contraint de réajuster ses divines conjectures en fonction des nouvelles données emmagasinées : c’est l’avènement de la méthode cartésienne à la maxime universelle.

Après s’être introduit dans l’invisible de sa pensée pour y refaire germer la graine de son JE SUIS adoré, l’Humaniste consciencieux ouvre symétriquement les yeux au reste du visible pour muscler son esprit au contact des trois dimensions.

À ce temps fort suivant pointant cette fois vers le dehors, comme Nicolas, la perception élargie de la réalité commençait à remettre en doute la place de choix initiale de l’Humaniste audacieux : suite à l’observation indubitable de sa propre orbite autour d’un astre central, le bon vieux croquis faisant tout tourner autour de son nombril ne tiendrait plus debout. Néanmoins, après un instant de cogitation, l’Humaniste calculateur trouvera finalement dans la Maîtrise de la planète un profil esthétique à faire valoir. Un peu sonné par cette chute soudaine mais se relevant aussitôt pour se mettre à la tâche, l’Humaniste toqué par le contre coup de sa pomme devrait maintenant fournir des efforts pour asseoir son règne avec un drap blanc.

Sous le compas d’un mathématicien multipliant les découvertes jusqu’à devenir le centre de gravitation de tout un monde, l’Humaniste attiré vers la terre par sa logique mais éclairé comme il faut par sa physique contractait encore les formes d’une divinité d’Olympe.

III. La loi de la Révolution

Nous atteignons pourtant en eaux profondes le seuil critique de l’épopée Humaniste. Car voilà, sous une pression toujours plus contraignante s’exerçant sur la raison, les différents spectres de connaissances obtenus à travers le prisme de l’étude sont alors comprimées comme le seul ancrage à partir duquel se représenter en peinture. Or, suivant cette pratique stricte remise à la charge de savants dévoués mais pas nés de la dernière pluie, toutes expériences portant à croire en une alchimie avec le divin sont jugées sans preuves, et doivent être éclairées correctement : c’est l’avènement des Lumières ténébreuses dans le panthéon universel de la pensée Humaniste.

Mettant la main sur un suspect pris en flagrant délit de foi en l’intouchable, la Philosophie et la Raison athées jouent les détectives et ne se servent que des pièces à conviction palpables pour lever le voile sur le mystère et mettre à nue la Vérité.

Pour ce nouveau temps fort s’inaugurant sous les auspices sceptiques de Denis Diderot, comme il en fut pour Nicolas, la reconstitution de la réalité en phase d’être réduite au seules trouvailles de la science n’accorderait plus aucun droit de cité aux faisceaux théologiques pouvant venir enrichir la recherche Humaniste. Assigné en justice pour son penchant dans les divines vocations, l’Humaniste mal mené dans les hautes instances de sa pensée semblait subitement condamné à la seule pauvreté des métiers laïcs.

Toutefois, comme pour Nicolas, un retournement de situation brutal aura là aussi lieu dans le feu de l’action. Car prêt à tout pour se rebâtir une auréole mystique au dessus de la tête, la partie civile Humaniste trouvera dans la défense illuminée de Jean-Jacques Rousseau une volonté de fer lui permettant de braver tous les obstacles.

Bastille
Mettant le feu aux poudres pour aller récupérer sa dignité confisquée, l’Humaniste sous serment savait témoigner d’une force de courage sortant de l’ordinaire : en possession d’un tel alibi, il pourrait faire appel au jugement prononcé.

 

Moyennement convaincue par ces prouesses, mais facilement séduite par l’avocat du diable toujours dans ses arrières pour faire pencher la balance du mauvais côté, la Sagesse Humaniste corrompue s’enflamme aussitôt et redonne au peuple le rayonnement d’un Être Suprême.

 

Célébrant sa victoire à l’issue du procès, la nation Humaniste blanchie dans les sommets décorait dans un arbre la valeur sûre qui l’avait propulsé tout droit vers le haut : la fameuse Liberté.

IV. La loi de la Dictature

Malheureusement, ce brusque étalage ne reposant que sur une vaste fumisterie, comme pour Nicolas, un coup d’État de la Sagesse disciplinée signant son grand retour sur le devant de la scène ne tardera pas à dissiper la bonne humeur pour annoncer des jours bien sombres dans l’emblématique calendrier de l’Humaniste Républicain. Le mois de Germinal au roman plus vrai que nature verra ainsi le printemps et se chargera de faire redescendre les dernières impressions innées de lumières six pieds sous terre où la cadence infernal du charbon attendra l’Humaniste pressé pour le remettre à l’emploi comme il se doit. A l’instar du naufrage tristement célèbre, l’Humaniste pompeux verra tous ses élans fumeux de liberté se frotter contre l’unique bloc solide enfin appelé à refroidir ses ardeurs : c’est l’avènement tant redouté du positivisme réaliste par le très secret Auguste Comte et de son mentorat sous bonne couverture vers un emprisonnement universel.

S’enracinant sur le système hiérarchique conçu par l’obscur Maître pour développer une idéologie faisant véritablement corps avec les principes déterministes régissant le vivant, l’Humaniste ramené au plus bas ne gardait une source de fierté que dans la seule propagation de son empire matérialiste.

Arrivé à ce temps fort n’annoncant rien qui vaille, comme pour Nicolas, la destinée de l’espèce humaine finalement rabaissée à une simple évolution animale n’accepterait plus la pousse d’un quelconque rameau d’espérance au sein de la pensée Humaniste en pleine évolution rétrograde. Afin d’opérer la recoupe nécessaire, les pleins pouvoirs positifs se verront logiquement confiés aux mains d’un jeune apprenti ayant fait ses preuves et entraîné pour ne laisser aucun espace vital aux mauvaises herbes se devant d’être arrachées, rassemblées, et brûlées sur le champ. Sous son régime appliquant d’une manière totalitaire la politique approuvée par suffrage scientifique, l’Humaniste exécutant l’ordre 666 ne serait plus qu’un cerveau à laver, une arme à optimiser, une race à imposer.

Laissant derrière lui un arc déiste redescendu de sa folle course dans les airs, le défilé positiviste de l’Humaniste nazi prolonge dans sa nouvelle collection « Ordre et Progrès » la seule marche que la force de l’univers puisse permettre au commun des mortels déjà damnés sur terre.

Ainsi l’Humaniste aux multiples talents rêvait d’éclat à sa silhouette dans le début de son art, il achèvera pourtant son combat d’élu sur une figuration de lui même si profondément dégradante qu’opter pour le suicide n’aura rien de vraiment mystérieux. L’Humaniste avait cherché dans son reflet l’assurance d’une élévation éternelle, il avait maintenant trouvé dans un sous-sol la date d’anniversaire de son enterrement.

V. La voie de la Libération

Mais que voilà !? Une incroyable nouvelle faisait la une des journaux ! Comme pour Nicolas, l’engouement des premiers jours pourrait refaire surface ! Car en effet, poussé dans ses derniers retranchements mais de toute évidence face à un mur, une ultime tactique désespérée verrait le jour dans la pensée de l’Humaniste mort vivant : déguisée sous un effet d’optique plein d’astuces conçu pour lui donner l’illusion du succès, une épatante marche avant vers l’arrière pointerait le bout de son nez et redonnerait comme une blancheur étincelante à l’Humaniste Roi enfin prêt à être adulé comme un véritable dieu vivant. Au top départ d’un Baby-Boum dans lequel tous les espoirs reposeraient désormais, toutes les quêtes de hauteurs se verraient reparties pour un tour!

De nouveaux projets de taille se profilent à l’horizon. En route pour le décollage imminent!

Mais attention, si à première vue les ambitions semblaient se dessiner avec les mêmes proportions qu’auparavant, à y regarder de plus près, les mesures essentielles n’étaient cette fois-ci plus respectées : c’est en perdant tout repère réaliste que l’Humaniste défait avait pu retrouver une rampe de lancement à ses rêves de grandes réalisations. Ne nommons donc pas Walt Disney mais son compagnon Mickey aux commandes symboliques de ce nouveau cap vers un asile universel.

Désenchanté par la noirceur horrifique d’une nature le privant de toute identité, l’Humaniste en mal de vivre quitte les extrêmes objectifs et trouve dans la forteresse de sa subjectivité une bulle bien hermétique au sein de laquelle toutes les personnalités les plus inconcevables peuvent l’encorceller.

Parvenu à ce dernier temps fort annonçant l’avènement salutaire d’un positivisme fictif pour proposer à chacun la chaleur d’une création intérieure, comme pour Nicolas, le camp de concentration rationnel n’autorisant en ses frontières qu’une ethnie travailleuse purifiée de toute prétention spirituelle, c’est résolument dans un parc à thèmes en marge de la raison que les aspirations vitales de transcendance seront appelées à s’enfermer pour continuer d’évoluer. Bien-sûr, l’affreuse faucheuse qui s’était maintenant enragée en public continuerait toujours de venir hanter l’Humaniste évasif par divers attentats percutant son quotidien de plein fouet, mais s’étant retrouvé au Pays des merveilles, et totalement absorbé par le ballet ininterrompu de nouvelles idoles plus hypnotisantes les unes que les autres, l’Humaniste en admiration devant le concert de son imagination saurait désormais affronter les crises les plus épouvantables sans se laisser abattre. La « folie » de Disney avait rendu son monde libre et pourrait donc faire tomber le dernier mur le confrontant encore à sa prisonnière réalité.

Tenant fermement à rester dans le ton sérieux de ses prédécesseurs, l’Humaniste héritier des temps modernes ne se représente que comme un vulgaire tas de poussières sans porte de sortie à son funeste destin. Mais réfugié sur un sol où tout est surfait, l’Humaniste héritier du déni post-moderne peut finalement sourire comme si tout allait bien : ayant détourné les yeux de l’enfer qu’est la mort, il n’était plus attristé de faire face à sa tombe l’accueillant gentillement à l’entrée.

Ainsi l’Humaniste au baptême innocent avait lui aussi goûté au fruit du démon qui sommeillait en lui, comme promis, il possédait maintenant la connaissance du bien et du mal. Mais comme les deux faces coupables d’une même pièce : celle d’une Bête monstrueuse ayant tout ravagé sur son passage.

Dès lors, tel un bipolaire en plein délire maniac, l’Humaniste à la plastique fictive continuerait de s’extasier dans les apparences, mais lorsque surgirait fatalement le moindre drame de son côté pour lui rafraîchir la mémoire, l’Humaniste en pleine phase dépressive se rappellerait finalement qui il est vraiment dans sa vraie patrie : un moins que rien voué à subir la mort.

Malgré tout, l’Humaniste au pouvoir commercial saurait faire bonne figure pendant le temps qui lui reste, mais dans le fond, et de retour aux origines, il cacherait simplement sa honte comme il le pourrait.

Comme Nicolas, l’Humaniste avait gagné la guerre, mais seulement dans ses rêves.

Fin.

Un petit résumé :

En fin de compte, le synopsis de l’Humaniste reste bien le même que celui de Nicolas après relecture : découvrant en lui même un potentiel de réflexion surprenant l’inspirant à se théoriser une grande destinée, l’Humaniste convaincu cherchera toutefois à marcher par la vue pour la faire valider. Ne disposant malheureusement d’aucune preuve matérielle pour le soutenir, il ne parviendra finalement jamais à briller si ce n’est qu’en se mentant à lui même. Bien obligé de revenir à la raison pour accepter la seule finalité de la vie ouvrière, l’Humaniste contraint au travaux forcés apparaît alors l’esprit abattu car privé de toute chance de gloire. Mais après s’être senti pris au piège par le diable en personne, il découvre qu’il peut retrouver le goût de la vie en fermant les yeux pour s’envoler vers d’autres cieux féeriques volontairement éloignés de la triste condition admise en tant qu’adulte. Tel est le diagnostiquable syndrome de Peter Pan vers lequel aura finalement débouchée la pensée de l’Humaniste refusant la maltraitance de la mort, tout comme celle de Nicolas.

Enfin, plus récemment encore, il semblerait que nous ayons été les heureux spectateurs de la toute dernière représentation de cette véritable pièce de tragédie historique. En cinq actes toujours, mais à échelle réduite toutefois: c’est « Le nouvel humaniste » interprété par les gilets jaunes. Motorisant une fois de plus sa pensée sur son égo surdimensionné, le mouvement emprunterait en effet le même circuit.

     I. L’éveil de la mobilité

Se replaçant en position de meneur pour ne laisser s’exprimer que son potentiel intérieur, le nouvel humaniste repartant à zéro aurait une fois de plus le champ libre pour se projeter haut en couleurs sur sa ligne de départ.

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Se laissant conquir par une parade flatteuse lui garantissant la législation sur toutes les limitations, le nouvel humaniste en pleine effervescence se voyait déjà régner sur un pays tout entier.

     II. La maturation pratique

Puis, l’assurance naïve des beaux jours venant vite à être dépassée, l’humaniste ouvrant les yeux se devra de développer une trajectoire plus adaptée à l’affirmation de ses prétentions.

Si le contrôle total sur la carte nationale sortait maintenant du champ des possibles, une main mise sur la capitale traça une perspective de récolte satisfaisante: feu vert pour les gilets jaunes!

     III. La loi de la révolte

Seulement voilà, le pôle de la raison toujours mieux organisé imposerait bientôt une toute autre perspective.

L’humaniste en pèlerinage voyait sa quête de sens subitement reconvertie : ce sont les forces de l’Ordre qui dictent la sombre marche à suivre.

Mais se refusant à ternir dans les rangs, l’humaniste incorrigible trouvera le moyen de s’extraire du dilemme en accomplissant un ultime exploit.

Animé par le feu de sa prétendue Liberté, l’humaniste en crise fondait ses dernières revendications de suprématie sur une démonstration de résistance propre à l’élever en symbole.

     IV. La loi de la soumission

Malheureusement, tout ça n’étant encore que fumée, le ménage sera vite fait : un régiment d’obédience positiviste viendra en renfort pour remettre les choses en Ordre et n’arrêtera pas le Progrès pour venir à bout de la rébellion.

Ne se faisant toujours pas aux règles de bonnes conduites, mais manifestement cernée de toutes part, l’heure est venue pour la résistance humaniste de saluer son triomphe au passé simple avant d’affronter la pire des sentences.

Dès lors, le rationalisme destructeur s’accaparait toute la surface pour dévoiler son unique conception légitime de la fonction humaine.

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Les dernières lueurs d’espoirs disparaissent broyées sous l’occupation d’un modèle mécanique.

      V. La voie de la rédemption

Mais qu’est ce que!? Les gilets jaunes s’étaient pourtant bien fait écrasés, mais comme par magie, les voilà repartis de plus belle! Bien-sûr, la mode vestimentaire avait changée : l’espoir fut réendossée au prix d’un déchirement.

Obéissant premièrement à l’Institution, l’humaniste tenu en laisse par la raison n’est à l’évidence rien de plus qu’une froide machine, mais se parant d’une fiction superficielle dans sa tête pour se réchauffer, l’humaniste robotisé pouvait finalement retrouver la présidence de son Pays imaginaire : iel avait perdu tout souvenir de bon sens.

Avec cette dernière parade stratégique, le nouvel humaniste pourrait de la sorte poursuivre son chemin, néanmoins la course de sa pensée s’arrêtait ici. Même combustion égocentrique, même trajet chaotique, même sortie de route indispensable.

Un échec et mat prévisible plusieurs coups à l’avance.

Revenons maintenant sur les deux placements fautifs qui auront conduit nos humanistes à perdre la partie face à l’adversaire intérieur toujours prêt à bondir :

  1. L’avancement orgueilleux initial que notre pensée n’a pas besoin de se confier dans une aide extérieure mais doit au contraire faire usage de sa seule raison pour aboutir à la gagne.
  2. L’avancement dramatique résultant que le plateau directement perceptible de notre monde et ses lois biens carrées constituent la seule règle de la réalité à partir de laquelle définir le pion que nous représentons.

Or,

Il est vrai que notre univers comporte tout un tas d’éléments se situant à notre portée, et il est tout à fait légitime de chercher à les analyser afin de reformer dans un grand tableau la classification la plus représentative de la réalité. Pour autant, assembler toutes ces pièces disponibles les unes avec les autres n’implique pas qu’il faille considérer le tout obtenu comme l’unique puzzle dans lequel imbriquer notre identité.

S’arrêter à ce terrain dur, se calquer sur les mécanismes apparents que nous pouvons observer à partir de nos propres lunettes pour tenter de bâtir rationnellement la structure en gratte ciel de qui nous sommes, c’est prendre une décision arbitraire à partir d’un aperçu limité. C’est s’engager à élever une tour inévitablement dédoublée par notre myopie, découpée en intervalles par notre désir d’ordre, longiligne tout du long par notre soif de progrès, mais qui par ses lacunes spirituelles, ne saura trouver de place habitable à nos aspirations intérieures surpassant elles toutes mesures quantifiables. C’est le dictat du travail à la chaîne assuré d’étage en étage, son impact mortel garanti au sommet, et notre effondrement dans les pleurs en guise de seul salaire à l’arrivé.

C’est pourquoi les bonnes manières doivent nous amener à reconnaître que, bien loin de devoir partir d’elle même pour n’en faire qu’à sa tête, notre pensée d’enfant immature doit trouver le réconfort à ses projets d’avenirs astronomiques dans les enseignements d’un tuteur plus expérimenté qu’elle, dans une Loi apportant la connaissance de l’Etre Suprême original vers lequel regarder pour trouver en lui l’Objet flottant constituant par essence la réponse naturelle à toutes nos quêtes d’élévations vers l’infini. Un point de vue surpassant notre basse altitude se révélait donc indispensable pour être instruit du chemin menant à la Gloire. Et s’il est vrai que notre humanité déchue n’était plus en mesure d’accéder à ce haut sommet par elle même pour tutoyer en face une Vérité devenue trop éblouissante pour être supportée, cela ne justifiait en rien l’attitude selon laquelle elle devrait par défaut s’en passer : avec l’inspiration si défaillante qu’était celle de sa propre raison maudite, elle ne se forgerait au sol qu’un modèle rabaissant synonyme de sa propre perte et inévitable destruction.

Le secret de fabrication d’une pensée bien huilée : une foi attentive pour vaincre notre passion morbide pour l’auto-mobilité.

Ayant malheureusement décidé de reprendre le volant de sa pensée pour errer ici et là jusqu’à s’embourber dans la suffisance de la nature, l’école Humaniste nous enseigne aujourd’hui que nous ne sommes que des produits dérivés du monde sauvage, dans un arbre évolutif sans but de croissance, exempt de toute finalité à porter du fruit, et cette mauvaise leçon ahurissante est assurément responsable de la récolte la plus meurtrière que notre humanité est amassée sur elle même depuis la fondation du monde et telle qu’il n’y en aura sans doute plus jamais. Pourtant au plus profond de nos racines se trouve une soif inaltérable de hauteur qui n’est pas le fruit d’un conditionnement, mais bien la graine d’un instinct naturel appelé à réclamer patiemment d’en haut la dose de rafraîchissement céleste seule capable d’élever l’homme dans sa posture bienheureuse. Si l’authentique génie de l’Humaniste n’a pas su laisser transparaître cette couleur vive dans son photo-montage noir et blanc de la réalité, la vision panoramique de la Bible nous apprenait quant à elle que ce vœu propre au genre humain émanait du détail que nous sommes imprimés en image de Dieu, et qu’il était par conséquent le témoignage du besoin le plus primaire que nous possédons de continuellement garder notre intensité en lui seul. Source d’Extase invisible délaissée par notre désir de jouir d’une planète palpable mais rapidement à court de ressources, nous nous trouvons toutefois incapables de combler le manque s’installant dans notre cœur en exportant notre avidité sur une mine de plaisirs virtuels fournissant un éclat de lumière à la surface mais creusant toujours plus la marque de notre famine à l’intérieur. Malgré tout cet acharnement, la plénitude de l’Être que nous avions rejeté s’était présentée directement à nos pauvres mirettes aveugles pour subvenir aux besoins de notre âme malade et affamée, et seul le pain qu’il nous distribuait par l’offrande de son propre Corps se trouvait en mesure d’étancher la soif de Vie que nous avons toujours fait entendre du premier battement de cœur jusqu’à nos dernières tentatives de prolonger la peine de notre vieillesse, elle même causée par notre rejet de celui qui restaure pour toujours la jeunesse.

Ainsi nous considérons les affirmations du Christianisme comme des balbutiements d’enfants datant d’un âge primitif que l’Humaniste adulte aurait aujourd’hui dépassé, et traitons la résurrection du Fils de Dieu comme un conte de fée, mais oublions qu’accepter de vivre dans un univers dépourvu de sens religieux implique toutefois de se constituer un récit merveilleux pour survivre : celui de notre personnalité, que nous tentons tant bien que mal de couvrir de paillettes derrière un filtre arc-en-ciel que nous savons pourtant illusoire. La résurrection du Christ quant à elle n’avait rien de fantomatique, et n’était pas là pour nous aider à maquiller notre visage pâli de désespoir d’une petite touche de poésie. Au contraire, elle se manifestait pour attester avec puissance de cet authentique et originel Big Bang PERSONNEL s’étendant de toute éternité hors de notre portée et nous fournir enfin la cible appropriée vers laquelle devait se reporter nos aspirations dévoyées pour être emportées avec elle dans sa Majesté. Ainsi, par l’incroyable magnificence qu’elle déployait à la sortie du cocon abandonné, l’ascension dans les cieux de notre Dieu incarné assurait une espérance d’envol identique à ceux qui se confiaient en lui, un épanouissement définitif qui n’est pas pour tout de suite toutefois, mais pour dans un avenir très proche.

«En effet, la volonté de mon Père, c’est que toute personne qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et moi, je la ressusciterai le dernier jour.»

(Jean 6:40)

Par la promesse inouïe de Jésus-Christ, l’information capitale dont nous avions besoin pour suivre notre itinéraire de vie au comble de l’excitation s’était rendu audible jusqu’au quai de notre monde. Malgré cela, l’Humaniste radicalisé a détourné sa propre voiture en cours de route pour en assurer le contrôle sans permission, aussi ne s’est-il heurté qu’à une impasse mortelle l’obligeant à basculer sur la rame de la fiction pour retrouver un semblant de voyage agréable à son triste aller simple vers la pire des destinations. Sur ce contraste, il ne nous reste donc plus qu’à conclure : le Christ nous à proposé sa résurrection future dans un jour radieux qui n’aura plus de fin, l’Humaniste Anti-Christ nous à proposé la sienne à la vitesse de la lumière mais filant immanquablement vers son générique de fin. Une seule se veut vraiment rationnelle, une seule se veut vraiment véritable, une seule se veut vraiment éternelle. A laquelle souhaitez-vous vraiment participer ?

Faîtes votre choix.

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  1. La plume est belle, les deux premières parties détaillant le court métrage et les dernières évolutions paradigmatiques de la société occidentale sont bien instructives et appuyées. Cependant la section consacrée aux gilets jaunes me semble superflue. Elle n’est pas vraiment développée, et de ce fait elle manque de pudeur. Si Cyprien se livre, ( ou livre sa vision de la vie contemporaine), si les penseurs mentionnés ont beaucoup écrit, il est aujourd’hui difficile de cerner le mouvement des gilets jaunes qui brille par sa diversité. Le caricaturer, c’est le déshumaniser, et lui faire perdre tout intérêt pour cet article. Les intitulés des actes du court-métrage ( Renaissance au lieu de naissance pour le premier par exemple) semblent aussi forcer un tout petit peu pour correspondre aux actes de l’évolution de l’  » Homme occidental ». Si je relève cela, c’est pour dire que l’idée principale de l’article en elle même est suffisamment intéressante et ne nécessite pas d’en faire plus que le parallèle entre les deux premières parties au risque de perdre en crédibilité. En effet, il semble que l’homme en tant qu’espèce ou en tant qu’individu, cherche toujours à élaborer les croyances qui servent au mieux ses intérêts en réaction à son contexte. Un de mes professeurs avait dit un jour : si une croyance devient un handicap, il faut s’en débarrasser. Au fur et à mesure que ses savoirs et expériences s’accumulent dans tel ou tel domaine , il trouve plus de justifications pour satisfaire ses désirs et crée des cadres adaptés pour cela. Ce biais évident est donc un handicap certain dans sa quête pour la vérité, si du moins il est engagé dans une telle quête.

  2. Excellent ! Juste une petite coquille, ce n’est pas du tout le 1er court métrage de Cyprien, il en a fait beaucoup d’autres avant celui-ci.

    1. Merci David 😉 En fait si c’est le premier court métrage qu’il réalise en entier, il le précise dans son commentaire. C’est ça que je voulais dire, mais merci je préciserai.

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