« Fais un vœu » : la tragédie d’un homme, et d’un Humanisme

– par Quentin L.

Le célèbre youtubeur Cyprien a récemment réalisé son premier court métrage en entier, intitulé « Fais un vœu ». Or, au delà de la prestation technique du jeune acteur, cette petite bobine de 7mn nous projette la pellicule d’un individu sans grande portée, mais dont les pensées qui défilent se trouvent reproduire la copie d’un bien plus long métrage.

Devenu l’un des principaux médias de notre siècle, devançant même la littérature et la télévision chez la nouvelle génération, YouTube se voit petit à petit devenir le grand hall d’exposition des artistes de notre temps. Aujourd’hui, nous nous pencherons donc sur une oeuvre de Cyprien aux allures d’une véritable tragédie de l’ère numérique, dont la thématique (les choix de vies et espérances) nous aidera à mettre le doigts sur le fil conducteur de notre civilisation.

Partant du motif suivant lequel l’homme génère dans sa pensée des aspirations identitaires qui ne demandent qu’à se concrétiser, Cyprien nous fait suivre à travers l’évolution de son personnage, Nicolas, différents épisodes durant lesquels ces rêves doivent entrer en dialogue avec un autre motif : la réalité. A cause des nouvelles connaissances qui s’installent progressivement dans la pensée de Nicolas, on observe ainsi à chaque tour la survenue de changements dans la manière dont s’articulent rêves et réalité à sa table.

Ce jeu de rôle entre rêve et réalité constitue la structure générale sur laquelle repose le déroulement de cette tragédie miniature, et c’est donc par elle que nous en ferons la narration.

Du rêve à la fiction

Acte I. La Renaissance

Le déroulement de la pièce débute au stade de l’enfance : propulsé au centre de toutes les attentions, notre personnage vit une véritable Renaissance. Notons pour commencer que Nicolas dévoile en lui la présence de profondes espérances qui se manifestent sous la forme d’aspirations identitaires. Et ce qu’il nous faut de plus remarquer, c’est l’autonomie de la Raison sur laquelle prennent formes ces aspirations : les rêves de Nicolas sont des autoportraits conceptualisés de toute pièce. 

A ce stade initial, les deux motifs rêve et réalité de la pensée de Nicolas apparaissent dans l’objectif parfaitement unis en une seule photo de groupe. Protégées des gènes malvenues, les aspirations intérieures du petit garçon peuvent occuper la place désirée tout en prenant une pose réaliste. Nicolas voit donc son identité à grande échelle et aucune créature ne semble pouvoir échapper au déguisement de sa liberté. Mais ce n’est encore que le début. Passons maintenant à l’âge suivant.

Acte II. La Modernité

Nous voilà à l’adolescence, et de nouveau, nous entrons dans l’univers du garçon. Sauf qu’entre temps, Nicolas à échangé avec le milieu qui l’entoure et en fut affecté. Remarquons maintenant le plafond du réel qui apparaît dans sa chambre pour décoller certains posters. Car si ses aspirations identitaires suivent de nouveaux symboles, elles affichent toujours un look réaliste. Le voilà donc dans le devoir d’accorder ses rêves aux modèles du monde qui s’affirment devant lui.

 

A ce stade, le motif de la réalité commence à prendre son indépendance vis à vis du rêve et provoque une tension palpable dans sa pensée. Suite à l’observation des détails de la nature, certaines combinaisons révèlent des tons éblouissants et doivent s’effacer du tableau. Mais la réalité n’étant pas encore réduite à la seule palette du visible, une inspiration se présente toutefois autour de la table et propose un mélange astucieux. Le coup de pinceau se trouve donc bien placé, et suivant cette disposition originale, Nicolas peut donc regarder vers l’avenir avec optimisme !

Acte III. La Révolution

Partie 1:

Nous arrivons alors au seuil de pigmentation critique du parcours de Nicolas. Sous le stress d’un sur mesure rationalisant, le code couleur de la société est étreint des mains comme le seul calment de la réalité, au dépens du rêve. Dans ce bureau réduit à une mallette, toutes innovations accordant à l’homme un poste unique sont qualifiées d’irréalistes, et perdent leur place.

  

A ce stade, le motif de la réalité resserré jusqu’au coup interrompt finalement toute collaboration possible avec le rêve. L’autodidacte n’est plus soutenu et par en dépression, le patron rationnel dirige et ne paye pas le rêve. C’est le drame qui dicte les codes du travail.

Partie 2:

Toutefois, le voyageur déboussolé ne perdra pas le nord et tachera de planter sa tente malgré tout. Sollicité par ses promesses, Nicolas suivra jusqu’au bout du monde son caractère réaliste. Les codes vestimentaires du rêve avaient obtenu le dernier mot. Mais pensant prolonger sa liberté par la texture de ses cheveux, l’aspiration identitaire de Nicolas marquait pourtant le globe de ses dernières empruntes…

Acte IV. La Dictature

Sans grande surprise, il ne reste plus aucune chances aux aspirations de Nicolas à la manche suivante. Tenter le coup de poker pour remporter la mise d’un idéal perdu d’avance n’avait été qu’endettement inutile, et le gain illusoire. Hors-zone du Mur de protection rationnel établi, le rêve fut épié sans relâche et contraint d’affronter son terrible sort. La prétention de liberté de Nicolas ne pouvait prospérer indéfiniment au côté d’une Union empiriste, cette dernière occupait maintenant toute la place.

 

A ce stade, le motif du rêve n’avait pas su maintenir son campement face aux délimitations de la réalité : le monopole identitaire s’était vu relégué à une corporation matérialiste, employant toutes aspirations à ses services. Seules demeuraient des productions dans lesquelles Nicolas n’était plus qu’une machine de la société, programmée à maintenir l’ordre immobilier et le progrès économique. Notre ami expire alors son dernier souffle, ne pouvant garantir sa survie dans une telle cellule, ses aspirations s’en allaient dans la tombe. La bougie d’anniversaire s’éteint sans trouver de vœu, tout est terminé, le Nicolas que nous avions rencontré enfant était mort.

Acte V. La Libération

Mais que voilà ? Un bonne nouvelle s’était préparée pour son intervention. Un bébé est amené en soin intensif et comme par miracle, toutes les aspirations qui s’étaient arrêtées de battre les unes après les autres se voient maintenant réanimées à la vie ! Nicolas était mort, le voilà ressuscité!

Mais comment était-ce possible ? Quelque chose avait changé. Si l’apport d’une descendance donna l’électrochoc à l’origine de ce nouveau souffle d’espoir, le point vital ici, c’est le changement de nature opérée dans le rêve lui même, permettant de le réhabiliter. En effet, durant les batailles précédentes, jusqu’au dernier soupir les aspirations identitaires du jeune homme se défendaient réalistes face au Front ennemi, mais ici la guerre a déjà été perdue. Si Nicolas retrouve l’intensité des couleurs de ses débuts, ce n’est donc plus tel un enfant qui croit encore naïvement en ses rêves, mais tel un adulte qui, après avoir rationalisé la réalité et subit son dictât, se résoudra à leur assumer un éclat fictif.

Ainsi, le motif du rêve s’étant vu refuser tout droit de visite dans la pensée de Nicolas, le sacrifice de la raison lui accorda une consolation en ouvrant les portes de l’ultime motif prometteur de la fiction. D’une demeure aux assises réalistes, nous déménageons dans une demeure aux assises délibérément surréalistes. Confortablement installé dans le séjour revu au goût d’une foi aveuglée, le Mur de la honte pouvait donc chuter entre les deux zones, c’est dans le cadre d’une émission aux ondes subjectives que Nicolas diverti son identité désormais. Par conséquent, tous ses autoportraits pouvaient revêtir des traits exagérés, voire totalement absurdes : ils n’étaient plus soumis aux plafond de la réalité. La toile de Spider-man l’avait rendu libre.

Nicolas, au-delà de la fiction

Quelle symphonie pleine de rebondissements ! Et quel final. Mais maintenant que nous avons assisté au concert de pensées que Cyprien nous a orchestré de son personnage, nous ne pouvons nous empêcher de noter que sa portée dépasse la gamme d’une simple partition composée de toute pièce.

Cette tragédie classique en cinq actes nous joue l’histoire de ce cher Nicolas, mais nous rejoue une Histoire bien réelle à la scène bien plus volumineuse : l’Histoire de l’Homme occidental. Le déroulement de la pensée de Nicolas fait office d’illustration pour la représentation donnée par la pensée Humaniste. En effet, ce jeu de rôle entre rêve et réalité n’est pas sans rappeler celui qui aura poussé notre civilisation dans des décors similaires. En fait, les motifs sont les mêmes mais à une table de taille différente. Faisons en la narration.

Acte I. La Renaissance

Tout comme Nicolas est d’abord propulsé au centre des attentions, l’Humanisme qui prend sa lancée à l’époque de la Renaissance tire son origine d’une propulsion au centre de l’Univers. Fondé sur l’autonomie de la Raison, ce mouvement eût dans ses débuts le projet ambitieux de bâtir autour de lui une structure rationnelle au sein de laquelle ses aspirations identitaires pourraient s’épanouir éternellement. Léonard de Vinci concevra la maquette aux proportions universelles de cet état d’esprit initial.

Encerclé en tant que nombril du monde, l’Homme de la Renaissance se décrit comme le cadre de toute mesure.

Aussi, comme pour Nicolas, les deux motifs rêve et réalité de la pensée occidentale apparurent sur le papier parfaitement superposés en une seule esquisse. Gardées sous un toit protecteur, ses aspirations intérieures pouvaient s’exprimer jusqu’au plafond tout en adoptant une posture réaliste.

L’Homme de la Renaissance n’est pas créé à l’image de Dieu, c’est « Dieu » qui est enveloppé dans l’image de sa liberté créatrice.

Acte II. La Modernité

Puis, comme Nicolas, la pensée Humaniste s’ouvra au monde qui l’entoure et en fut affecté. Face aux mur du réel qui apparut dans son champ de vision, le mouvement dut ajusté ses rêves à l’axe spatial pour les faire converger dans la direction souhaitée : c’est l’avènement de la méthode cartésienne aux dimensions universelles.

Concentré sur l’invisible de sa pensée, l’Homme cartésien ouvre symétriquement les yeux au monde visible pour réfléchir son identité.

Aussi, comme Nicolas, le motif de la réalité commença à prendre ses distances vis à vis du rêve et fit germer une tension perceptible dans la pensée occidentale : suite à l’observation du positionnement des astres, la propulsion de l’Homme au centre de l’Univers dépassait les bornes. Mais la réalité n’étant pas encore réduite à la seule portée optique, l’estimation de l’Homme en tant que Maître de la nature proposa un itinéraire empruntable. Le calcul se trouvait donc opérationnel, et suivant ce profil esthétique, l’optimisme était de rigueur pour un Homme plongeant dans l’exploration de sa modernité.

Sous le compas d’Isaac Newton, l’Homme Moderne assoit son trône jusque dans les profondeurs abyssales.

Acte III. La Révolution

Partie 1:

Nous arrivons alors au seuil de descente critique du parcours Humaniste. Sous la pression d’une force rationaliste, les lois de la nature expérimentées sont comprimées comme la seule ancre de la réalité, au détriment du rêve. Dans cette réunion réduit à un comité d’enquête, toutes mains levées pour accorder à l’homme un rayonnement unique sont jugées sans preuves, et doivent être rappelées à l’ordre : c’est l’avènement des Lumières aux prétentions universelles.

Assistée par la Philosophie et la Raison qui lui découvrent son voile, la Vérité élève sa lumière sur les seuls acquis autonomes de l’Homme.

Comme il en fut pour Nicolas, l’éclairage de la réalité poussé jusqu’à son plus haut degré ne permit finalement plus d’entente avec le faisceau du rêve. Le prisme naturaliste se pointe et décompose l’homme comme un simple objet d’étude dans un spectre dénué de toute lumière blanche. C’est le drame qui édite son encyclopédie.

Partie 2:

Toutefois, le bas peuple appauvrit ne se laissera pas dépouillé et tentera de faire valoir sa dignité malgré tout. Embrigadé dans l’élan de volonté générale aux termes contractés par Jean-Jacques Rousseau, l’Humanisme revendiqua jusqu’à la dernière ouverture le passe droit naturel de sa Liberté. C’est le Peuple qui court vers sa Loi.

Parvenu à son temps Fort, l’Homme Révolutionnaire met le feu aux poudres pour s’emparer de la Liberté.
Disposant d’un calendrier à sa mesure, la Sagesse du peuple réduit en cendre l’athéisme et réattribue à l’Homme le rayonnement d’un Etre Suprême.
Au terminus de la fête, un arbre reposant sur la domination du Peuple culmine comme l’expression de sa Liberté.

Acte IV. La Dictature

Mais comme Nicolas, cette ascension ne fut que fumée et la fête de courte durée pour l’Homme occidental. Le courant naturaliste le rattrapa et le fit redescendre jusque dans les profondeurs étouffantes de son terrible sort. Comme Nicolas, l’Humanisme verra sa prétention de liberté couler sous un océan de condensation rationnel refroidissant l’homme contre l’unique loi glaciale de la nature : c’est l’avènement du positivisme scientifique d’Auguste Comte aux répercutions universelles.

Étriqué jusqu’aux racines, l’arbre de l’évolution humaine ne repose plus que sur l’ordre des sciences « positives » et le progrès qu’elles peuvent lui fournir.

Ainsi, comme pour Nicolas, le motif du rêve n’avait pas su garder l’avantage face au dernier contour de la réalité. Le monopole identitaire fut octroyé au pays à prévisions empiristes qui ne laissait plus aucun espace vital aux aspirations hors-frontières. L’homme n’était plus qu’un amas d’atomes parmi les autres éléments de l’univers, un brin d’ADN à manipuler, une machine de la nature à perfectionner, une race à propager.

A la suite d’un arc de Triomphe maintenant terminé, le défilé à sens unique « ordre et progrès » met en marche le prolongement qui lui succède.

Ainsi l’Humanisme rêvait de hauteur, il s’achèvera sur la touche amère de son suicide plus bas que terre. Comme Nicolas, sa dernière bougie s’éteignit mais il ne la souffla pas. L’Homme avait vu dans l’autonomie de la Raison sa Renaissance, il y avait maintenant trouvé la mort.

Acte V. La Libération

Mais que voilà ? Une bonne nouvelle est enfin annoncée! Ce n’était pas terminé ! Et non, car bien que la Dictature bombardait désormais froidement la pensée occidentale, et qu’une onde de choc mondiale en faisait l’écho brûlant, comme Nicolas, l’Homme vit renaître dans sa descendance un espoir retentissant : au bruit d’un baby Boum, toutes ses aspirations initiales se sont vues ressuscitées!

En route vers le décollage imminent.

Mais attention, si dans le format les apparences restèrent semblables, dans le contenu les règles du jeu avaient changé du tout pour le tout : l’homme dut y perdre la raison. L’Humanisme rationaliste fut mis au tombeau, mais c’est l’Existentialisme irrationaliste qui en est ressorti. Nommons Jean-Paul Sartre au commande de cet envol aux envergures universelles. L’Homme occidental retrouva donc les proportions ambitieuses de ses débuts, mais comme Nicolas, ce n’était plus tel un enfant qui croyait encore naïvement en ses rêves, mais tel un adulte qui, après avoir rationalisé la réalité et subit son dictât, se résoudra à leur assumer une architecture fictive.

L’arbre de l’évolution tombant à l’eau, le Château enchanté de Disney deviendra le symbole de la sphère imaginaire dans laquelle s’est réfugié l’homme sous la Dictature.

Ainsi, comme Nicolas, le motif du rêve ayant perdu pied sous la surface de la réalité, le sacrifice de la raison lui offrit une bouée de sauvetage en ouvrant l’accès à l’ultime motif inviolable de la fiction. Désormais, les aspirations identitaires n’adopteront plus de postures réalistes, elles seront délibérément surréalistes au sein de réseaux déconnectés de la réalité, mais au moins, elles pourront perdurer, ou plutôt, l’Homme pourra perdurer à travers elles. Bien-sûr, le pays à concentration rationnelle demeura éternellement élu sur un petit coin de la carte pour lui rappeler son destin au relief brisé, mais s’étant retrouvé aux pays des merveilles, l’Homme pouvait maintenant tout à fait lui faire face. La « folie » de Disney l’avait rendu libre.

Sur le sol de la raison, l’homme moderne n’est que poussière, mais sur le sol de la foi, l’homme post-moderne peut encore lui sourire sur un fond uni : il ne se tient plus sur le même ton.

La morale de la pièce ?

L’homme est mort mais peut ressusciter à travers l’identité imaginaire de sa subjectivité, tel est l’estuaire vers lequel aura débouché le cours de la pensée occidentale, et tel est le canal de pensée que nous avons retraversé au flux de Nicolas.

Enfin, plus récemment, cette même pièce de tragédie en cinq actes s’est représentée à nouveau sous une composition réduite: c’est l’Humanisme interprété par les gilets jaunes.

     Acte I. La Renaissance

Prenant ses marques de départ dans son propre code sans tenir compte des règles voisines, le mouvement des gilets jaunes eût dans son premier virage la voie libre pour porter ses aspirations identitaires hautes en couleurs.

Image associée
Sans arrêt prévu pour les passants, aucun obstacle ne semblait pouvoir freiner le mouvement au moteur en pleine Renaissance.

     Acte II. La Modernité

Puis, face aux voyants du tableau de bord, le mouvement au repère réaliste dut décrire une courbe capable de s’aligner dans ses perspectives.

Si l’occupation des axes routiers encercla un périmètre surdimensionné, le gouvernement de la capitale traça un rond point abordable : feu vert pour la modernité !

     Acte III. La Révolution

Partie 1:

Mais voilà, la sécurité du rationalisme poussée jusqu’à ses limites finit par faire barrage à la circulation du mouvement.

Les gilets jaunes voient leurs rêves stoppés net et remis sur les rails : c’est le drame qui annonce sa couleur.

Partie 2:

Cependant, entraîné dans la course aux combustibles approvisionnés par les équipements des « casseurs », le mouvement ralenti manifesta jusqu’au bout la portée réalisable de sa Liberté.

Muni d’un arc à son dos, le rêve en stationnement élève sa nation sur des prétentions en pagailles.

     Acte IV. La Dictature

Malheureusement, le camp de concentration rationnel établi revint inévitablement à la charge pour stopper tout mouvement hors-limites.

L’heure est venue pour le rêve de dire au revoir à son Triomphe et d’accueillir son terrible sort.

Dès lors, le rationalisme destructeur possédait toute la voie pour imposer ses manœuvres comme unique véhicule de la réalité.

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Les dernières flammes d’espoirs se dissipent broyées sous l’Occupation routière « ordre et progrès ».

      Acte V. La Libération

Mais qu’est ce que!? Les gilets jaunes étaient bien morts, pourtant, les voilà ressuscités! Bien-sur, la mode avait changé : la Liberté fut réendossée au prix d’un déchirement.

Sur le pan de la raison, l’homme n’est qu’une machine, mais sur le Pan de la foi, l’homme machine peut encore se revêtir de la conception identitaire de son Pays imaginaire.

Sur cette bonne nouvelle, le mouvement pouvait de la sorte se perpétuer, toutefois la pièce s’arrête ici. Même point de départ, même cheminement, même aboutissement.

Des prises de positions réductionnistes

Revenons sur les arguments qui résument la trame narrative de la pensée humaniste:

  1. Que la raison humaine est autonome et suffisante,
  2. Que le monde perceptible et ses lois constituent la seule règle de la réalité.

Or, il est vrai que notre monde est dirigé par des lois, et il est tout à fait légitime de chercher à les intégrer pour définir le système le plus rationnel. Pour autant, reconnaître ces lois n’implique pas qu’il faille les considérer comme l’unique autorité dirigeant le monde et constituant notre identité.

S’arrêter à ces lois, se contenter du terrain apparent que nous pouvons apprécier pour tenter d’établir rationnellement tous les domaines de notre vie, c’est prendre une décision arbitraire à partir d’un aperçu limité. C’est s’engager à bâtir une structure inévitablement réductrice de la réalité, qui par ses lacunes, ne saura faire face aux intempéries s’annonçant au delà de sa superficie. C’est la tragédie assurée.

C’est pourquoi le bon sens doit nous amener à reconnaître que, bien loin de pouvoir délibérer par elles-mêmes, les lois doivent trouver leur décret dans une instance supérieure, une autorité présidentielle qui les promulgues et qui elle seule donne une orientation à toutes ses manifestations. Une réunion de sommet dépassant notre altitude se révèle donc indispensable pour garantir une prévision rationnelle à toutes les excursions de notre vie. Et s’il est vrai que l’habitant n’est pas apte à s’y rendre de lui même, cela ne justifie en rien l’attitude rationaliste selon laquelle il doit s’en passer par défaut : une voie médiane est toujours proposée pour parvenir aux bulletins météos…

Une alternative rationnelle mais non rationaliste

Que devons nous alors penser de la préparation de Nicolas en fin de dégustation ? Son destin est il irrattrapable ? Sommes nous condamnés comme la pensée humaniste à admettre l’irrationnel comme la seule table à laquelle peuvent trouver place nos appétits ? N’y a-t-il pas une autre table capable de donner une place rationnelle à ces besoins, et surtout de les nourrir rationnellement ?

Certes, par les discours imaginaires sans limites à travers lesquels l’homme est appelé à devenir spectateur, l’ultime motif identitaire scripté par notre civilisation possède un scénario qui peut séduire aux premiers abords, mais derrière cette infinité de séquences, le synopsis reste malheureusement vide d’objectivité, fictif à la lumière de la réalité admise.

Notre société nous enseigne que nous ne sommes que des machines de la nature, dans un monde sans but, exempt de sens, et cette éducation est responsable de la plupart des maux que l’homme a engendré en plus grande quantité ces deux derniers siècles que durant l’histoire tout entière. Pourtant au plus profond de notre être se trouve une aspiration identitaire qui n’est pas un conditionnement social, mais bien un instinct naturel sans lequel nous ne pouvons vivre. Si l’homme occidental n’a pas su rendre rationnelle cette aspiration dans son paysage réduit de la réalité, la Bible elle, affirme que cette impression propre à l’homme à toute sa place dans l’ordre des couleurs, et provient du fait que nous sommes à l’image du Dieu personnel transcendant l’univers, et que par conséquent elle retranscrit le besoin que nous avons d’être unis à son identité objective. Dépouillé par notre entourage qui en a déstocké la réalité, nous transportons nos aspirations vers des locaux de notre propre subjectivité qui ne peuvent suffire à combler le vide installé dans notre âme. Pourtant cette réalité s’est bel et bien proposée, et elle seule permet de nous offrir le foyer approprié par nature aux aspirations que nous avons toujours manifesté instinctivement.

Nous prenons les promesses de la Bible comme des rêves d’enfants datant d’un stade primitif que l’homme aurait aujourd’hui dépassé, et considérons la résurrection de Jésus comme une fiction, mais oublions qu’accepter de vivre dans un monde dépourvu de sens implique aussi de croire en une résurrection fictive: celle de notre identité, que nous essayons de rendre vivante au travers d’une conception subjective illusoire. La résurrection de Jésus quant à elle ne se présente pas comme fictive, et ne cherche pas à nous proposer un refuge subjectif permettant d’échapper à la vision d’un monde dépourvu de sens. Au contraire, elle vient nous attester du sens objectif de l’histoire qui se déroule devant notre fenêtre et nous invite à lui ouvrir la porte d’une manière pleinement rationnelle. Plus encore, par la victoire qu’elle manifeste sur l’échec du genre humain, la résurrection de Jésus-Christ nous révèle avec triomphe l’identité dont nous avons toujours ressenti le besoin et nous invite à renaître à travers elle, non pas subjectivement toutefois, mais objectivement par son Esprit et sa Parole qui nous en certifient la filiation. Enfin, par l’oeuvre de recréation dont elle constitue les premiers fruits, la résurrection corporelle du Dieu fait homme assure une floraison identique à ceux qui sont unis à sa semence, une floraison qui n’est pas pour cette saison toutefois, mais pour celle qui est à venir.

Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?… (Jean 11:25-26)

Par la révélation de Jésus-Christ, le point d’embarquement dont nous avions besoin s’était fait connaître, et permettait alors d’unifier dans une rame toutes nos aspirations identitaires avec la réalité. Malgré cela l’homme occidental l’a supprimé pour se définir son propre point d’embarquement, aussi n’a t-il abouti qu’à une impasse mortelle l’obligeant à basculer dans la folie pour retrouver une rame à la circulation de ses besoins. Sur ce contraste, il ne nous reste donc qu’à conclure: Dieu a proclamé sa Bonne Nouvelle, l’Homme autonome a proclamé la sienne. Une seule se veut rationnelle, une seule se veut véritable, une seule se veut vivifiante. A travers laquelle voulez vous vraiment vivre?

3 comments

  1. Excellent ! Juste une petite coquille, ce n’est pas du tout le 1er court métrage de Cyprien, il en a fait beaucoup d’autres avant celui-ci.

    1. Merci David 😉 En fait si c’est le premier court métrage qu’il réalise en entier, il le précise dans son commentaire. C’est ça que je voulais dire, mais merci je préciserai.

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